textes Maryse Emel

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juin 2016

Les trois Petits Cochons

Le meilleur bien sûr est celui qui a pris le temps de construire la maison en briques.
Le loup souffla souffla et la maison ne bougea pas.
La chèvre de Monsieur Séguin était trop indépendante.
Le loup la mangea.
Le petit chaperon rouge était trop coquette…et faillit y passer
Le vieil âne gris mourut d’épuisement…
Morale bourgeoise…libre d’énoncer des poncifs…
Elle asphyxie l’homme ou la femme porteurs de création.
Existe-t-il une morale non bourgeoise ?
Je la cherche.

 

Méfions-nous de la morale

Moi, je… qui est ce je ? Un pur énoncé du discours ? Une intériorité secrète… J’opte pour la relation. Bien sûr c’est paradoxal. Moi semble exclure l’autre. Mais comme il est prisonnier de sa reconnaissance par celui qui fait face ou marche à ses côtés, il en est tributaire. Pas d’orgueil sans la présence de celui qui m’ouvre à ma présence. Chercher la bienveillance est un principe moral qui me refuse toute autonomie. La relation doit être biface : autrui est aussi en relation. Nos orgueils se croisent. Exister c’est sortir se soi pour retourner à soi. La vie est plus que ce mouvement d’extériorité. Elle intègre l’autre comme celui qui me fait choisir ma vie… l’orgueil n’est pas qu’un moment fustigé par la morale. C’est la condition de son dépassement, le point zéro de la vie sociale. Une éthique.

Exister

Exister n’est pas vivre. D’où les querelles sur l’euthanasie. D’où la réflexion nécessaire sur le travail. Pourquoi ne travailler que pour reproduire sa force de travail ? Le salaire ne fait pas vivre. Il entretient la machine.

Allez à l’école

Ils y vont tous les jours, un peu perplexes. Leur professeur leur a dit qu’école en grec se traduit par liberté. L’école c’est le loisir. Pas les loisirs. Pas la consommation. Alors un petit malin pose la question : et après c’est quoi ? Silence du pédagogue

Jolies Princesses

Les contes de fées plaisent aux tout-petits. Pourtant ce ne sont que princesses endormies, s’ennuyant du prince à venir. Elles se refusent à l’action et à ses risques. Si l’ogre arrive ce n’est que pour mettre en valeur la puissance des muscles du Prince. Alors les princesses s’ennuient.
Les fillettes veulent de belles robes de princesses. On les laisse faire. Cela leur évite de penser.

Trop facile

Oui trop facile de dire il n’y a qu’à… vous rencontrez sans cesse ces conseillers de la liberté de la volonté. Faire des efforts, orienter sa volonté…et la contingence, ce qui soudain fait obstacle, qu’en fait-on ?

Il ne veut pas être licencié, elle ne veut pas reproduire l’aliénation de sa mère.
Il trouve un emploi. Elle se marie.

La volonté se plie devant la loi du marché. Elle a des enfants, ne travaille pas. Que peut-elle vraiment décider ? Il n’y a qu’à…Refrain de l’impuissance.

 

Le méchant

Le méchant est celui qui intentionnellement fait du mal.

Sophie, le personnage de la Comtesse de Ségur, n’est pas innocente quand elle découpe avec plaisir le poisson rouge du bocal. Il éprouve du plaisir dans ce non-lieu de son aliénation à la perversité.
Combien nombreux sont les acteurs de la méchanceté. Rien à voir avec la morale, c’est un pur état pathologique.

mai 2016

La Pomme du Marchand

Fuir sa liberté est mauvaise foi écrit Sartre. La coquette qui s’enferme dans ce rôle et ne va pas jusqu’au bout qui l’ en libérera est exemplaire de ce projet de soi qu’elle ne réalise pas. Nous sommes condamnés à la liberté écrivait le philosophe, et nous n’avons de cesse de fuir ces regards qui nous objectivent, nous fixent dans une essence, alors que l’existence seule nous détermine. Cet enfant qui aujourd’hui a volé une pomme, demain sera peut-être policier. On ne peut dire que notre passé nous détermine : nos actions, notre devenir, nos réalisations nous font exister dans un mouvement que seule la mort arrêtera .
Tout arrêt de ce mouvement nous emprisonne dans l’identique, l’identitaire, le communautarisme.

Voyager disait-il

Il est assis à la terrasse du café avec son ami et ne cesse de parler de lui. Les pauvres, il les qualifie de « déchets », dépense 50 euros par jour, mais se dit démuni. Je vais tout quitter soupire-t-il. Pour faire quoi lui dit son ami. Voyager…mais il faut de l’argent, précise-il. D’ailleurs je vais arrêter de fumer. Puis il court s’acheter un paquet de cigarettes. Il contemple ses nouvelles chaussures, continue de se plaindre. Sa vie est vide, murée dans l’ennui des nantis. Il est le désir mort que je croisais ce jour-là, attaché à ce rien, lui donnant le poids de sa bêtise. La bêtise disait Deleuze, on ne la soigne pas. On y reste attaché.

 

Liberté et destin (suite)

Fatalité œdipienne. Il se croyait libre. Il tue son père, épouse sa mère. Il se crève les yeux jouant de cette seule liberté contre le destin. Sa fille Antigone hérite de la tragédie familiale. Elle est emmurée vivante par son oncle, roi de Thèbes, enchaîné lui aussi à son devoir. Son fils rejoint Antigone dans la mort. Les grecs redoutaient l’individu. Mais cet individu, cet atome, n’est-ce pas une pure illusion ? La solitude est donnée avec dans le même temps la relation à l’autre que moi. La tragédie c’est la mauvaise rencontre, celle qui me renvoie à moi. Oedipe et Antigone ont manqué la rencontre lui trop sûr de lui elle prisonnière de l’identité familiale ils ratent le mouvement du destin, cette roue qu’eux seuls peuvent mettre en route. Oedipe aveugle finit par s’y asseoir au bord.


Liberté et destin

Une roue suit son mouvement circulaire. Nécessité de la loi physique. Mais ce destin n’est pas fatalité. Quelqu’un l’a mise en mouvement, au départ. La volonté a déclenché ce mouvement. Chrysippe de Soles, un des premiers stoïciens, explique cette différence entre la fatalité fermée à toute liberté et le destin, mis en marche par un acte de la volonté libre.


Liberté, l’espace de la contrainte

Liberté, on la clame, on la revendique. Il ne viendrait à l’esprit de personne de revendiquer la mort de la liberté. Mais c’est quoi cette liberté ? Hobbes disait que si le vase ne contenait pas l’eau, alors l’eau s’éparpillerait et les fleurs ne sauraient vivre. La liberté est liberté de mouvement. Mouvement rendu possible par l’espace qui maintient et contraint. La contrainte est condition de la liberté. Suite possible pour souligner le paradoxe : tout prisonnier est libre de se mouvoir dans sa cellule. Plus l’espace de vacance est large, plus j’ai de manœuvre. Ainsi en va-t-il du libéralisme. Moins il y a de règles plus je peux me déplacer. Mais supprimer les règles, c’est la catastrophe. De la même façon, la contrainte politique rendra possible le mouvement libre du politique. Gouvernement autoritaire n’est pas tyrannie. Une précaution contre la tyrannie du nombre qu’il faut contenir.


Serpentins

Une vipère en colère, c’est la vie de mon père une couleuvre qui se coule et œuvre à son repos quotidien, c’est la vie de ma mère. Un aspic pas très loin d’un as de pic au jeu de cartes de ma grand-mère, se piqua d’aller rendre visite à son ami le boa, grand buveur de bons mots depuis ses jours passés à l’ombre du cou de la femme du contremaître . Le boa voit l’aspic, mais surtout un courtier, à dos de mulet. De le rencontrer ici il ne se sent plus de joie. Il ouvre un large bec et aspire le pauvre aspic. Morale : dans ce monde des reptiles, aux sinueuses démarches rampantes, ne faites jamais confiance à un boa constrictor. Son monde est celui des courtiers d’assurance, et il est peu contrit par le destin d’un aspic qui s’était trompé de chemin.

 
J’ai rencontré Betty Boop

Fantasme du masculin, elle est la Marilyn brune, miroir de la blonde. Elle est sur scène, pas très loin du loup au regard rapace. Les dollars l’embaument. Elle joue avec lui. Que faire d’autre avec les financiers ? Se jouer de leur boulimie vorace et puis éteindre les feux de la rampe. Betty Boop le sait, elle qui chante mièvrement le désir vide de celui qui possède tout.

1 note
Les feux de l’amour

Elle se met sur le canapé. Fatiguée de ses journées où tout se répète dans la tiédeur moite de ce printemps de mai. On lui a offert du lilas. Comme tous les ans, elle aime sa senteur. Mauve embellie. Un clic sur la télécommande… L’amour pour rêver, ou faire semblant d’y croire. L’amour degré zéro de l’écriture qui emplit cette liberté en friche. L’amour n’existe que dans les rêves du solitaire… ou l’écriture du poète porté par un divin enthousiasme. Amour carton-pâte, amour cartoon de la télé-réalité.

Bienveillance

L’entreprise a ses mots. Elle aime la philanthropie. La vieille bourgeoisie la pratiquait en des temps anciens. Aujourd’hui elle a ses fondations, ses finances de la bonne conscience.

Certains avancent à coup de pompe

Et ils pompaient, pompaient, pompaient…Vous vous rappelez ? Il y a ceux qui pompent à l’école , pompeur souvent arrosé celui qui te pompe toute ton énergie celui qui a de belles pompes, dans la langue de Molière, eh oui ! Faut le lire Molière avant d’en parler celui qui donne un coup de pompe celle qui a un coup de pompe devant un grand brun aux propos pompeux le pompier et le pompiste qui en ont….des pompes…dans le style humour pompier Ne me casse pas les pompes…plus délicat La Pompadour et les pompes funèbres….quel rapport ? Les grandes Pompes les Shadoks pompaient, pompaient les tueurs de mots Motus

Il s’appelle Job

Il s’appelle Job. Il a tout perdu en un jour. Sa réputation, sa famille, sa fortune. Dieu voulait l’éprouver.
Il y a beaucoup de Job qui n’ont pas encore rencontré Dieu pour leur en expliquer la raison.
Ils attendent dans des endroits de fortune espérant une venue, un message.
On les prend pour des fous. Peut-être ont-ils passé la frontière du raisonnable. Mais la raison n’en est-elle pas là quand elle devient calcul de ratio, comptable de mes repas possibles en fin de mois, juge de mes actes quand j’ai faim ?

La solitude est notre être

La solitude est notre être. Nous ne l’avons pas décidé. Mais cet être est aussi évasion, ouverture vers… ce qui n’est pas moi. La solitude est insupportable.
Le tragique c’est lorsque cette évasion rate, que je retourne à cette souffrance originaire de la solitude, ici transformée en abandon.
Nous sommes seuls et incapables de vivre cette solitude.
Nous travaillons dans de telles conditions que l’évasion n’est que fiscale. Fermeture à l’autre, sauf dans les paradis fiscaux ouverts aux porteurs de coupures.
Pour me consoler je pense et lis. Une autre façon de sortir de cette solitude originaire.

Ouverture et fermeture

La porte s’ouvre et se ferme. Elle montre ce qu’elle cache ou cache ce que je veux voir. Mais il y a la serrure par où je t’observe, le judas par où tu me vois. La porte n’offre pas une vision panoramique.
Elle est ouverture et fermeture. Elle permet d’entrer et de sortir… c’est le lieu du paradoxe. Ce lieu de l’intime ou nous entrons en relation toi et moi.
La fenêtre s’ouvre sur le paysage. Je suis seul à contempler.
Et il y a les gardiens de la porte. Ceux qui t’empêchent de rentrer. Ceux qui te ferment la porte au nez. Les portes mystérieuses qui ne s’ouvrent pas.
La porte est ouverture et fermeture.
Va frapper à une autre porte si on ne t’ouvre pas.

avril 2016

Le rouet de la fortune

La Belle aux Bois Dormants dans la cour du château se délassait. De quoi ? De son oisiveté sans doute. Puis vous connaissez la suite : au rouet elle se piqua. C’était alors le début du syndicalisme. La femme au rouet avait demandé une augmentation de salaire, compte-tenu de la plus-value et des années d’exploitation de sa personne. Ne comprenant rien au discours de l’économie keynésienne, le roi et la reine avaient tenté de l’amadouer en partageant le gâteau. Elle était allergique à la farine de blé. Elle se vengea avec son rouet et la belle princesse, leur fille, s’endormit sur son beau lit fiscal. Ce que l’on sait moins, c’est qu’un Prince charmant, peut-être le mari de Blanche Neige occupée par ses pépins, s’était perdu dans la forêt – la psychanalyse je la laisse à Bettelheim. Bref il s’était égaré. Il découvrit alors la belle endormie. Il vit le lit. Son meilleur ami s’occupait de redresser les comptes (ou les contes ? ) de l’Etat. C’est pour cela qu’il l’embrassa, c’est à dire la prit dans ses bras, non pour lui faire la cour mais pour l’emmener de ce pas à la cour aux contes ou aux comptes, comme vous voulez ! Et là on lui fit un sort. Depuis elle veille au grain, et lit Piketty.

avril 2016

Ruminer

Les vaches sont paisibles et ruminent dans le pré. Ruminer lentement…pléonasme. A-t-on déjà vu une vache foncer dans un champ pour se jeter dans l’herbe et l’avaler d’une traite ? Non. Peut-être dans les dessins animés. Une vache qui jouerait à chat perché ? Une vache qui se prendrait pour un taureau dans une sorte d’erreur d’aiguillage de la reproduction. Rumine c’est vrai la vache. Prend son temps. L’image de la pensée à l’œuvre comme disait Nietzsche. Rien à voir avec la mouche, même si nous ne savons que si peu de choses à propos des mouches. Il y a bien sûr les mouches de la vengeance qui collent à la peau, si on s’appelle Sartre. La mouche au cinéma, celle qui vous transforme en monstre, la mouche de la Précieuse, le mouchoir que vous jetez aux pieds de la femme élue – rien à voir avec la bestiole volante – la mouche de la colère, la mouche qu’il gobe – on ne gobe pas une vache – la mouche parasite alimentaire…certes la vache peut être mouchetée, attirer les mouches, elle poursuit la rumination de ce lait à la couleur florale de l’embellie d’un après-midi. Il y a de la délectation dans la pensée.

Pénélope femme libre

Elle attend Ulysse sans l’attendre Son attente est faite de mots, de la trame du texte, Les prétendants elle s’en moque. Elle tisse. Toile du désir, elle crée sa vie. Travaille au rythme de son désir Elle n’attend pas Ulysse, juste ce désir de vivre que son œuvre réalise. Femme cadre dit-on d’elle. Elle est aux Ressources humaines. Sa mission elle l’a acceptée : alimenter les chiffres du chômage. Elle examine les plans de restructuration. Elle y trouve son nom. C’est son tour. Elle a cinquante ans. Moins productive, moins naïve aussi. Elle ouvre la fenêtre. Respire. C’est l’heure. Elle reste là à regarder l’horizon. Elle n’ira pas à Pôle Emploi. Non. Elle ira prendre les rayons matinaux du soleil Et réfléchira. C’est si rare quand on est cadre de penser à soi. Il est l’heure de s’affranchir et de suivre du regard l’horizon qui s’ouvre. La fin n’est que le commencement d’une nouvelle histoire. Elle prend sa toile et tisse son histoire.

Histoire d’âne

Il était une fois un âne. On les qualifie souvent de benêts les ânes Une vieille histoire sans doute qui doit leur venir d’un âne un peu susceptible C’est vrai qu’à bien y réfléchir, il y en a un L’âne de Buridan Une vieille histoire de logique L‘âne de Buridan est une fable philosophique célèbre, attribuée au philosophe scolastique Buridan et mettant en scène un âne qui se laisse mourir de faim, faute d’avoir pu choisir entre un plat d’avoine et un seau d’eau. Situation absurde. On choisit toujours. Pour Descartes, on se laisse porter par les événements, ce qu’il nomme liberté d’indifférence. Mais on choisit. Non répond Leibniz : « Il y aura donc toujours bien des choses dans l’âne et hors de l’âne, quoiqu’elles ne nous paraissent pas, qui le détermineront à aller d’un côté plutôt que de l’autre. Et quoique l’homme soit libre, ce que l’âne n’est pas, il ne laisse pas d’être vrai par la même raison, qu’encore dans l’homme le cas d’un parfait équilibre entre deux partis est impossible. » On cherche alors à se connaître pour éviter d’être victime de soi…ou on agit en usant bien de sa volonté. Descartes appelle cela la générosité. Volonté sous emprise ? Peut-être. Mais si l’illusion rend « content » pour parler comme Descartes je préfère. Absurdité logique rétorque Leibniz. Les choix ne sont jamais équilibrés. A nous alors de repenser la logique.

Pour méditer : Rodin

Ce qui manque le plus à nos contemporains, c’est, il me semble, l’amour de leur profession. Ils n’accomplissent leur tâche qu’avec répugnance. Ils la sabotent volontiers. Il en est ainsi du haut en bas de l’échelle sociale. Les hommes politiques n’envisagent dans leurs fonctions que les avantages matériels qu’ils peuvent en tirer, et ils paraissent ignorer la satisfaction qu’éprouvaient les grands hommes d’État d’autrefois à traiter habilement les affaires de leur pays. Les industriels, au lieu de soutenir l’honneur de leur marque, ne cherchent qu’à gagner le plus d’argent qu’ils peuvent en falsifiant leurs produits ; les ouvriers, animés contre leurs patrons d’une hostilité plus ou moins légitime, bâclent leur besogne. Presque tous les hommes d’aujourd’hui semblent considérer le travail comme une affreuse nécessité, comme une corvée maudite, tandis qu’il devrait être regardé comme notre raison d’être et notre bonheur. Il ne faut pas croire d’ailleurs qu’il en ait toujours été ainsi. La plupart des objets qui nous restent de l’ancien régime, meubles, ustensiles, étoffes, dénotent une grande conscience chez ceux qui les fabriquèrent.L’homme aime autant travailler bien que travailler mal ; je crois même que la première manière lui sourit davantage, comme plus conforme à sa nature. Mais il écoute tantôt les bons, tantôt les mauvais conseils ; et c’est actuellement aux mauvais qu’il accorde la préférence.Et, pourtant, combien l’humanité serait plus heureuse, si le travail, au lieu d’être pour elle la rançon de l’existence, en était le but ! Pour que ce merveilleux changement s’opérât, il suffirait que tous les hommes suivissent l’exemple des artistes, ou mieux qu’ils devinssent tous des artistes eux-mêmes : car le mot dans son acception la plus large signifie pour moi ceux qui prennent plaisir à ce qu’ils font. Il serait à désirer qu’il y eût ainsi des artistes dans tous les métiers : des artistes charpentiers, heureux d’ajuster habilement tenons et mortaises ; des artistes maçons, gâchant le plâtre avec amour ; des artistes charretiers, fiers de bien traiter leurs chevaux et de ne pas écraser les passants.Cela formerait une admirable société, n’est-il pas vrai ? Vous voyez donc que la leçon donnée par les artistes aux autres hommes pourrait être merveilleusement féconde.-‘

Châteaux de sable

Deviens ce tu es écrivais Nietzsche. Phrase énigmatique de l’oracle de Delphes.
Conjuguer le présent au futur pour en faire un présent.
Ne jamais se baigner deux fois dans la même eau.
Réaliser ce « moi » en sachant qu’il n’est pas figé dans une identité morbide.
Le travail qui me fixe un poste…
Me laisse à mon poste
Comme un vigile qui jamais ne dort et ne sort de là où il est
Enfermé dans un impossible devenir
C’est ignorer l’humain que de vous demander de rester là…et de ne pas ouvrir un au-delà du sable mouvant.
Ignorance sans émotion qui vous laisse vous enfoncer doucement dans les limbes accueillantes du silence

Avant… C’était le bon temps ?

Simone Weil, la philosophe travaillait à l’usine. Voilà ce qu’elle écrit dans la Condition Ouvrière en 1951 :
À son âge, dit-il, on a le dégoût du travail (ce travail auquel, étant jeune, il s’intéressait avec passion). Mais il ne s’agit pas du travail même, il s’agit de la subordination. La tôle… « Il faudrait pouvoir travailler pour soi. » « Je voudrais faire autre chose. » Travaillait (aux « Mureaux »), mais s’attend à moitié à être viré, Pour avoir coulé des bons (il est au temps). Se plaint des bureaux des temps. « Ils ne peuvent pas se rendre compte. » Discussion avec le contremaître, pour des pièces à faire en 7 mn ; il en met 14 ; le contremaître, pour lui montrer, en fait une en 7, mais, dit-il, mauvaise – (c’est donc de l’ajustage en série ?).
Parle de ses boulots passés. Des planques. A été mécanicien dans un tissage. « Ça, c’est le rêve. » Passait son temps à « faire de la perruque ». N’a même pas perçu, de toute évidence, le sort misérable des esclaves. Affecte un certain cynisme. Pourtant, de toute évidence, homme de cœur.

Prise au piège

Malheur à l’homme qui n’a plus d’illusions, il perd tout jusque sa qualité d’homme. Ainsi s’exprimait Rousseau. Une femme est à la caisse du magasin. Tous les jours ce sont les mêmes gestes. Elle est attachée aux produits qui glissent devant la machine ; elle se sent devenir machine. Mécanique est son corps. Peut-elle encore penser ? pas de droit à la distraction dans de telles circonstances. L’erreur lui coûtera cher. Le soir le chiffre qui s’affiche sur la machine est implacable. Elle quitte son travail épuisée et pense au repas du soir. Marx appelait cela l’aliénation. Elle n’a même plus le temps de rire de ses illusions. Elle est hors du temps et d’elle.

mars 2016

Attraper l’étoile filante

A quoi bon imaginer ? Imagination maîtresse d’erreur disait Pascal. Il écrivait cela à propos de l’amour. Si j’aime c’est souvent les qualités, c’est-à-dire ce qui est éphémère en l’individu, ce qu’on appelle l’apparence. Dix ans après la foudre, elle dit, il dit…ce n’était que cela ? et dire que j’ai consumé ainsi dix ans de ma vie ! On a aimé son travail. On rêvait alors. On imaginait. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans écrit Rimbaud. Certes ! Mais vivre c’est croire en soi, en toi, en ce travail qui est moi aussi. Puis le temps passe…non c’est moi qui passe. Et je pense. Je pense à ma vie, à ce travail qui s’est emparé de moi. Qui me laisse aujourd’hui désemparé. Je clamais alors ma liberté. Je reste là devant mon écran plat. Vivre c’est s’imaginer dans un désir de soi qui jamais ne s’éteint. Voilà ce que j’ai compris. Alors je sors et je cours. Je veux rattraper cette étoile qui file dans le ciel, semblable à ce désir qui jaillit de l’homme libéré des contraintes de l’apparence, de la femme qui s’anime de cet accomplissement de soi.

Fatalité

J’aime cette phrase de V. Jankelevitch :

L’antiphilosophie risque, par sa stérilisation et le tarissement à la source, de fabriquer une génération d’abrutis manipulables et parfaitement dociles, incapables non seulement de réagir, mais de comprendre l’enjeu » .

La liberté ce n’est pas tout accepter. Soumission quand tu nous tiens !

Penser est la première liberté, celle qui nous enjoint de risquer nos certitudes, de les mettre à l’épreuve, de les passer au scalpel du doute. Il ne s’agit pas de s’enliser ou de se noyer dans l’océan sceptique.
Je n’ose plus sortir. Les médias entretiennent cet étrange sentiment qui m’éloigne de moi chaque jour un peu plus. Les salariés attendent un plan de restructuration. Délocalisation.
Je suis abattu.
« Ainsi n’est-on jamais sûr d’obtenir ce que l’on avait prévu. Le risque alors c’est de s’en remettre, vaincu, aux affres du hasard, ou de la fatalité, ce qui revient au même. Dans ces deux cas on n’agit pas, on se laisse mener par les circonstances. » Aristote, Ethique à Nicomaque

Le risque, ici, c’est de ne pas choisir, de ne pas se risquer, se soumettre à l’ordre des choses qui m’ordonne de me taire.

Risquer de tout perdre ou de gagner : tel est le choix

Réveille-toi !

Dans la rue il y a cet homme qui a tout perdu. Sans travail, sans domicile, perdu à lui-même. La nuit il a peur du silence des étoiles. La peur nous habite tous. Et si …si je perdais mon travail ? si je ne trouvais plus la force de répéter cette mécanique matinale ? Me lever, déjeuner, préparer cette mise en scène de moi-même ? Je lis Epictète. Nous craignons d’abord des représentations fruits de notre imagination. Cette peur de demain n’est que crainte de ce qui n’est pas encore, de ce qui n’est pas. Je redoute un a-venir qui n’est que fossilisation de mes projections. Réveille-toi homme de la rue… libère ta force créatrice ! Ce n’est pas le moment de renoncer à ce qui fait en toi l’humain. Risque-toi à vivre…

Vertige du risque

Sensation d’oscillation au bord du vide. On va tomber, on sent l’appel de la béance. Ouverture des possibles. Résister à ce gouffre. Il est au travail. Ce travail l’absorbe. Il y est nuit et jour. Même quand il rentre chez lui, son absence à ce monde-refuge l’inquiète. Il voit trouble. Où sont ses assises ? Il est enlisé dans ce quotidien. Univers bienveillant de la performance à laquelle son âge ne peut échapper. Il doit choisir. Risquer ce confort douloureux. Choisir ou prendre le risque de sa liberté. « Il est libre Max » chante la radio Oui, lui aussi au bord du vertige peut s’envoler.

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