Spinoza extrait Court Traité I, note par.7

source : http://hyperspinoza.caute.lautre.net/spip.php?article1717

(7) Puisque maintenant, d’après le premier principe, les choses connaissables sont infinies, que, d’après le second, l’entendement fini ne peut tout concevoir et que, d’après le troisième il n’a aucun pouvoir de connaître ceci plutôt que cela ou cela plutôt que ceci, il serait impossible, s’il n’était déterminé par aucune cause extérieure, qu’il connût quoi que ce fût****[1].

**** Je substitue ici à la leçon donnée par l’édition van Vloten et Land dans le texte (qui est celle du manuscrit A) ; celle qui se trouve en note (c’est celle du manuscrit B), parce qu’elle est plus claire de forme, et d’ailleurs équivalente quant au sens.

[1] De plus, dire que cette idée est une fiction est encore faux*****, car il est impossible de l’avoir si elle n’existe pas, et cela est montré par ce qui est dit ci-dessus, à quoi nous ajoutons ce qui suit.

Il est bien vrai que d’une idée qui d’abord nous est venue d’une chose et a ensuite été généralisée par nous in abstracto, nous pouvons former dans notre esprit beaucoup d’idées de choses particulières auxquelles nous pouvons joindre des qualités abstraites par nous d’autres choses. Mais cela est impossible à faire si nous n’avons d’abord connu la chose d’où sont tirées ces idées abstraites. Admettons, cependant, que cette idée [l’idée de Dieu] soit une fiction, alors toutes les autres idées que nous avons ne sont pas moins qu’elle des fictions. S’il en est ainsi, d’où vient qu’il y a entre elles une si grande différence ? Car nous en voyons quelques-unes qui ne peuvent avoir de réalité : ainsi, par exemple, tous les animaux monstrueux que l’on voudrait composer par la réunion de deux natures, comme un animal qui serait un oiseau et un cheval, et autres semblables ne pouvant avoir place dans la nature que nous trouvons autrement ordonnée. D’autres idées sont bien possibles, mais il n’est pas nécessaire qu’elles soient ; de celles-là, qu’elles soient ou ne soient pas, l’essence est en tout temps nécessaire ; telle est, par exemple, l’idée du triangle ou celle de l’amour dans l’âme sans le corps, etc. ; de façon que, si même je pensais d’abord que je les eusse forgées, je n’en serais pas moins obligé de dire ensuite qu’elles sont cela même qu’elles sont, et le devraient être alors même que ni moi ni aucun homme n’y aurions jamais pensé. Et c’est pourquoi elles ne sont pas forgées par moi et doivent ainsi avoir en dehors de moi un sujet que je ne suis pas et sans lequel elles ne pourraient pas être.

Outre ces idées, il en est encore une troisième, et celle-là est unique, elle apporte avec elle l’être nécessaire, et non comme la précédente, l’être seulement possible ; car de ces dernières l’essence était bien nécessaire, mais non l’existence ; tandis que de celle-là, l’existence est nécessaire comme l’essence, et sans elle il n’est rien******. Je vois donc maintenant que la vérité, l’essence ou l’existence d’aucune chose ne dépend de moi. Car, ainsi qu’il a été démontré au sujet de la deuxième sorte d’idées, elles sont ce qu’elles sont sans moi, que ce soit quant à l’essence, ou à la fois quant à l’essence et à l’existence. De même aussi et encore bien davantage, je trouve que cela est vrai relativement à cette troisième et unique idée. Et non seulement cela : qu’elle ne dépend pas de moi, mais que lui seul [Dieu] doit être le sujet de ce que j’affirme de lui ; de sorte que, s’il n’existait pas, je ne pourrais absolument rien affirmer de lui, comme je fais à l’égard des autres choses, encore bien qu’elles n’existent pas. Et je trouve aussi qu’il doit être le sujet de toutes les autres choses.

Outre qu’il suit déjà clairement de ce qui précède que l’idée d’attributs infinis, inhérents à un être parfait, n’est pas une fiction, nous ajouterons encore ce qui suit :

Après avoir réfléchi sur la Nature, nous n’avons pu trouver en elle jusqu’ici que deux attributs qui appartinssent à cet être souverainement parfait. Et ces attributs ne sont pas suffisants à nous contenter : loin que nous les jugions les seuls dans lesquels doive consister cet être parfait, au contraire, nous trouvons en nous quelque chose qui nous révèle clairement l’existence non seulement d’un plus grand nombre, mais encore d’une infinité d’attributs parfaits devant appartenir à cet être parfait avant qu’il puisse être dit parfait. Et d’où vient cette idée de perfection ? Ce quelque chose ne peut venir de ces deux attributs, attendu que deux ne font que deux et non une infinité ; d’où donc alors vient-il ? Non de moi, certainement, ou il faudrait alors que je pusse donner ce que je n’ai pas. D’où donc enfin, sinon des attributs infinis qui nous disent qu’ils sont, sans nous dire en même temps ce qu’ils sont ; car de deux seulement nous savons ce qu’ils sont ?

***** Les mots encore faux semblent faire suite à ce qui est dit dans la note 2. W. Meijer pour cette raison réunit les deux notes en une seule.

****** Rien ne peut être conçu.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s