Définir le lien social?

Projet de ville : essai de définition

 

Le terme de « projet » ne cesse d’être invoqué pour faire face aux difficultés que rencontrent l’école ou encore la ville. Cependant, que met-on derrière ce mot ? Tous  les projets se valent-ils ? Qui est à l’instigation des projets ? Et surtout qu’est-ce qui justifie le rapprochement de l’école et de la ville dans cette réflexion ?

Ce travail consistera non pas à examiner ce qu’il en est des Grands projets de Ville (GPV) ou autres structures de gestion urbaine, mais de revenir au sens des mots afin de comprendre ce qu’il en est de cette notion de projet, afin d’en cerner le concept.

Pour construire la problématique, nous partirons de l’exemple de quelques villes, et réfléchirons surtout à partir de la parole des habitants et des initiateurs de projets. Il s’agit dans ce travail de fonder la démarche de projets comme démocratique, c’est-à-dire comme un réel espace de participation. C’est pourquoi il convient de partir de la parole des acteurs afin de comprendre la démarche.

Ce qui est certain, et ce sera mon hypothèse de travail, agir n’est possible que dans la perspective du désir. Il ne s’agit pas de confondre désir et motivation, terme qui renvoie à l’idéologie libérale et concurrentielle. Désirer c’est accroître sa puissance d’être, et ainsi se réaliser dans sa singularité, en faisant œuvre d’imagination créatrice.  De même que l’école insiste sur le développement de la singularité de l’élève dans le cadre de l’universalité du savoir, il s’agit de comprendre en quoi une politique de la ville favorisant les projets, permettra le développement de la singularité des citoyens dans le cadre ici de l’universalité des valeurs politiques  des élus, sans quoi il risque d’y avoir cacophonie. . De ce fait seules les villes valorisant ce qu’il est convenu d’appeler « démocratie participative » retiendront notre attention. C’est pourquoi, il importe d’examiner de près la réalité des projets,  pour comprendre si le terme de projet a une réelle signification, et si son emploi ne cache pas parfois un vide ou le maintien d’une hiérarchie incompatible avec sa  définition.

Ce que le projet n’est pas :

–        Assistanat et charité : enfermer les citoyens dans l’espace d’une morale religieuse n’a rien à voir avec le souci politique de l’équité.

–        Un modèle à appliquer, nullement réfléchi par les citoyens ou les élèves. Dans ce cas, il y a maintien des hiérarchies et exclusion de fait du citoyen, même s’il a une voix consultative. La consultation n’est d’ailleurs que la traduction d’un retrait du citoyen du champ de l’action.

–        Un repli sur soi.  Se projeter c’est s’ouvrir à…cela ne vaut pas que pour l’individu. Les projets doivent être ouverture à d’autres projets qu’eux-mêmes, différents, mais soucieux eux aussi des mêmes valeurs, ce qui ne retire rien à leur cohérence.

–        Immobile : il doit se rediscuter et s’ajuster, compte-tenu de la non connaissance de l’avenir, et de la mobilité des personnes qui y participent.

–        Une fin en soi : ce qui importe c’est le mouvement, la dynamique que porte le projet. C’est la démarche qui seule permet de comprendre la force du désir. Le résultat final est en fait disparition  du projet dans ce résultat, mort du projet. Ce qui importe c’est le mouvement induit.

Ainsi le projet peut être défini comme une force, une dynamique, qui construit son chemin au fur et à mesure qu’il avance.

En tant que démarche démocratique, on doit y retrouver ce qui fonde la démocratie : la liberté, l’égalité, la fraternité…à ne pas confondre avec les dérives libérales que sont le libéralisme, la parité et la solidarité…

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Projet, liberté et égalité.

Ce qui ressort du travail mené sur l’école et des analyses précédentes, est que « le projet »,  ne pouvant être imposé et supposant un espace de réflexion, de jeu, au sens de distanciation, d’écart, d’ajustement… il est une ouverture sur la liberté du sujet qui le met en place. Le projet ne s’applique pas mécaniquement, il est ouverture sur l’inconnu, prise de risque, notamment celui de l’échec. Jeté en avant, si on s’en réfère à son étymologie, il est tentative de compréhension et de construction de l’avenir,  refus de s’en remettre simplement à une gestion technique de l’école ou de la ville.  Il est d’abord cheminement, au risque de l’errance. Recherche, il ne saurait simplement être donné. Les projets se construisent au fur et à mesure avec un horizon de sens face à eux, en l’occurrence ici amener les habitants à une réelle citoyenneté afin de participer à la construction non seulement de la ville mais aussi de son espace politique. Un projet démocratique n’a de sens que s’il part des habitants, ce qui introduit l’égalité. L’espace politique qu’est la ville a des représentants, des élus…qui ne sauraient se confondre avec des chefs. Représenter les citoyens n’est pas se transformer en chef gouvernant selon son bon plaisir. Si les électeurs délèguent le pouvoir, cela ne veut pas dire qu’ils abdiquent toute réflexion. Egalité de tous face à la réflexion et de fait face à la construction de la ville.

Ainsi la ville ne saurait se réduire à ses infrastructures. Elle est par sa configuration, ses choix un espace d’abord humain. Ce sont les hommes qui sont et font la ville.

Poser un projet c’est poser la nécessité du sens, ne pas en rester à la simple rationalité des moyens. Nécessité du sens, de l’orientation. Les projets peuvent être multiples et être divergents, voire contradictoires, dans leurs ambitions. Se pose alors la question de la détermination des limites à fixer aux projets, afin de coordonner le multiple dans une unité qui corresponde aux intentions de la ville ou de l’école. Le pluralisme ne signifie pas l’éparpillement ou la collection irréfléchie de ce qui plait sur le moment. La contradiction apparente entre des projets n’est pas toujours incompatibilité.  Il faut orienter le projet, ne pas le laisser se perdre dans l’infinité de la liberté.  En effet, une liberté totale n’est pas une liberté. Hobbes rappelle dans un texte que l’eau de la rivière pour avoir des mouvements libres doit couler et être retenue par le lit de la rivière. Vision certes libérale de la liberté, mais du côté de Rousseau, la liberté d’indépendance est impensable également. Il faut des bornes, les lois en l’occurrence. Mais .ces bornes donnent naissance à une liberté politique des citoyens. Ainsi se pose la question de la délimitation de la nature des projets. Un projet sécuritaire visant à punir et enfermer n’a pas la même signification qu’une discussion associée à des actions cherchant à détruire un certain nombre de préjugés. Une ville sera d’autant plus humaine et démocratique qu’elle cherchera à donner une unité à cette diversité. Unité rendue possible par les valeurs qu’elle porte et le respect de l’humain.

Il ne s’agit donc pas de penser comme son voisin, mais de penser avec lui, de dialoguer avec lui. Le conflit qui est bien loin de se réduire à la violence, permet d’améliorer l’analyse et d’affiner un projet qui ne vise pas le consensus, mais un « meilleur vivre ensemble ». Ainsi le projet est-il ouvert à la discussion, aux modifications. Le projet, en tant qu’il se jette en avant, ne peut être fermé. Il n’est pas établi une fois pour toute, il se discute sans cesse.

Ces quelques remarques montrent néanmoins le lien de l’exercice de la liberté à la notion de projet, à condition que cette liberté soit bien définie et ne se réduise pas à une forme chaotique désorganisant au final, ce qu’elle prétend améliorer. C’est pourquoi il faut un cadre institutionnel et politique aux projets.

En quoi une politique de projets est-elle adaptée à la société aujourd’hui ?

La notion de projet suppose la prise d’initiative des citoyens, la non passivité des élèves. Dans les deux cas on cherche à sortir l’individu d’une position assistée pour  l’amener à devenir réellement acteur de son devenir. Etre acteur, agir, ce n’est pas attendre la solution miracle. C’est refuser la position hiérarchique qui réduit à la passivité. Un projet se discute et s’exécute. A ce titre, on comprendra que la véritable participation à la vie de la ville ou de l’école est là. Mettre en place un espace de dialogue, où la réflexion se construit dans la perspective d’une réelle concrétisation de la parole, construire au fur et à mesure le projet, le revisiter au fur et à mesure, c’est comprendre qu’il n’y a aucun modèle préétabli, aucune recette à appliquer, mais que la pensée de tous et l’action de tous construisent un univers de sens qu’on appellera projet ou encore « démocratie participative ». On ne cesse de déplorer la perte des idéologies et des utopies. Les idéologies sont là. Falsification du réel afin de contrôler les individus,  l’idéologie libérale est présente, avec son cortège d’égoïsme  et d’esprit de concurrence. Au nom de la liberté elle rejette l’égalité, la confondant volontairement avec l’identité afin de la disqualifier. Les utopies au contraire sont moquées au nom d’un pragmatisme dépourvu de tout idéal. La gestion présente prend le dessus sur la projection dans l’avenir. La notion de projet, rejoint l’utopie, quand elle se définit comme quête de sens et espace démocratique. Le projet avance vers un horizon qui lui-même se construit au fur et à mesure de la démarche.

Cependant, se pose la question suivante : comment amener les élèves et habitants des villes, à une réelle participation ? C’est là qu’apparaît le terme lui aussi confus de lien social.

 

Lien social ?

Le lien social serait dissout selon beaucoup d’analystes. En fait il faut clarifier ce terme, si on veut comprendre le sens d’une politique de projets. Le lien c’est ce qui attache. On peut se lier à quelqu’un par choix, comme on peut se délier. On peut aussi attacher de force. Ainsi à propos du lien social, cela suppose que l’on peut se délier en refusant par exemple les valeurs et les normes du groupe social. Ces dernières sont fragiles comme le montre actuellement le débat sur la l’homosexualité.  Le mariage hétérosexuel trouve son fondement dans une vision sociale de la prédominance du rôle patriarcal, mais après tout cela est tout à fit relatif, comme l’ont montré un certain nombre de travaux d’ethnologues ( M.Mead, Mœurs et sexualité en Océanie).

Ainsi le partage des normes, qu’on appellera lien social est-il loin d’être aisément accepté…la société est espace de conflit, de désaccord…et de ce fait de discussion…car même si on nous impose  les valeurs sociales pour permettre une vie commune, on peut en discuter.

On appellera lien communautaire, à la différence du lien social, un lien dont il ne s’agit pas de discuter. On appartient à une communauté sans en discuter les fondements, sinon il ne reste plus qu’à partir. C’est un rapport frontal qu’établit le communautarisme, frontalité qui se manifestera par des cloisonnements, des frontières. La frontière oppose, lorsqu’elle devient barrière, incapable de concevoir un vrai intérêt commun. Excluant, le communautarisme fait le lit de toutes les oppositions frontales hostiles à l’égalité, la liberté, la fraternité. A ce titre il est extérieur à la République et ses valeurs.

Quel lien doit alors promouvoir une politique de projets ?

 

 

Du lien à l’entrelacs :

 

Comment tisser non pas des liens qui supposent rigidité et peu de flexibilité, mais des entrelacs souples et créateurs non d’obéissance, mais d’imagination créatrice au service de l’humain et d’un souci du développement de la singularité de chacun ? En d’autres termes, comment développer le désir d’agir ensemble ?

C’est à une réflexion sur cette question que doit répondre un travail « sur le terrain ».

 

 

 

 

 

 

 

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