le moi et le soi . Leibniz texte

Nouveaux Essais, II, XXVII, § 10 : « Je suis aussi de cette opinion, que la consciosité ou le sentiment du moi prouve une identité morale ou personnelle. Et c’est en cela que je distingue l’incessabilité de l’âme d’une bête de l’immortalité de l’âme de l’homme : l’une et l’autre garde l’identité physique et réelle, mais quant à l’homme, il est conformé aux règles de la divine providence, que l’âme garde encore l’identité morale et [qui nous est] apparente à nous-mêmes, pour constituer la même personne, capable par conséquent de sentir les châtiments et les récompenses. Il semble que vous tenez, Monsieur, que cette identité apparente se pourrait conserver, quand il n’y en aurait point de réelle. Je croirais que cela se pourrait peut-être par la puissance absolue de Dieu, mais suivant l’ordre des choses, l’identité apparente à la personne même, qui se sent la même, suppose l’identité réelle, à chaque passage prochain accompagné de réflexion ou de sentiment du moi : une perception intime et immédiate ne pouvant tromper naturellement. Si l’homme pouvait n’être que machine et avoir avec cela de la consciosité, il faudrait être de votre avis, Monsieur ; mais je tiens que ce cas n’est point possible, au moins naturellement. Je ne voudrais point dire non plus que l’identité personnelle et même le soi ne demeurent point en nous et que je ne suis point ce moi qui ait été dans le berceau, sous prétexte que je ne me souviens plus de rien de tout ce que j’ai fait alors. Il suffit pour trouver l’identité morale par soi-même qu’il y ait une moyenne liaison de consciosité d’un état voisin ou même un peu éloigné à l’autre, quand quelque saut ou intervalle oublié y serait mêlé », A VI/6, 235-237 = GPS V, 218-219.