Al Farabi

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  • Retour rapide vers l'accueilQu’est-ce que la philosophie arabe ?
    Philippe VALLAT, Pensionnaire scientifique à l’IFPO Damas
    Philippe Vallat propose une brève introduction à deux questions qui se posent aussi bien aux spécialistes qu’aux étudiants : « Qu’est-ce que la philosophie arabe et comment l’étudier ?

    On s’est proposé de jeter les bases d’une réflexion de fond sur ce que serait une étude de la philosophie arabe entendue comme phénomène culturel interne à la civilisation islamique – ce que d’aucuns appellent une « sociologie de la philosophie ». Cependant, dans le prolongement des travaux de Pierre Hadot sur la philosophie antique et en amont des travaux des médiévistes qui étudient la place des Artiens dans la société médiévale latine, il s’agit également de se demander à quelles conditions il est possible d’étudier la philosophie arabe à la fois comme une pratique personnelle et comme une discipline rationnelle indépendante de tout donné révélé. Cet article se veut donc une brève introduction à deux questions qui se posent aussi bien aux spécialistes qu’aux étudiants : « Qu’est-ce que la philosophie arabe et comment l’étudier ?Lire l’article [PDF – 390 Ko]

  • Fârâbî et l’immortalité de l’âme source : La clé des langues ENS Lyon

  • Introduction

    L’âme selon Fârâbî
    L’intellectionL’homme selon FârâbîConclusionNotes
  • al-Fârâbî Abû Nasr, Le livre du régime politique, introduction, traduction et commentaires de Philippe Vallat, Collection ‘Sagesses Médiévales’, ParisLes Belles Lettres, 2012, 268 p. par Gabriel Martinez-Gros

Texte intégral PDF

1Philippe Vallat traduit, annote et commente l’un des derniers textes du philosophe arabe du xe siècle al-Fārābī, et sans doute le livre le plus important pour la compréhension de sa vision politique et religieuse. Une vision radicale : selon Philippe Vallat, Fārābī place l’islam, comme toutes les religions de la prophétie, parmi les impostures de ce monde. Pour cette raison même, le commentateur refuse l’épithète « islamique » ou l’association de termes ‘philosophie islamique’ pour désigner ou pour classer cette pensée. Fārābī à ses yeux fait clairement le choix de la philosophie, c’est-à-dire d’Aristote commenté par les néo-platoniciens de la fin de l’Antiquité, contre les ‘absurdités’ des religions monothéistes – peut-être moins accentuées dans le cas du christianisme, dont l’Esprit se rapproche de l’Intellect Agent aristotélicien, que de l’Islam. Dans tous les cas, selon Fārābī tel que le lit Philippe Vallat, la philosophie est historiquement et logiquement antérieure aux religions et leur a donné son appareil conceptuel. Elle est, comme l’esprit humain et comme le monde selon les philosophes, éternelle (note 66, p. 25). Pour Fārābī, la jāhiliyya, c’est l’ignorance de la philosophie, qui prend la place du Coran comme « critère et repère de l’avènement de la vérité » (note 571, p 181). En écho aux conceptions qu’on retrouve chez Ibn Rushd/Averroès – en fait dans le courant philosophique arabe en général –, la religion est le fait de la ‘āmma, de la plèbe, attachée aux valeurs de la domination et de la possession que le Prophète de l’islam a largement illustrées, par son souci du butin et de l’hégémonie matérielle (p. 194-220).

2Pour l’essentiel de la remise en cause des dogmes des monothéismes, on est frappé par la continuité de la démonstration, depuis Fārābī jusqu’aux maîtres des Arts de la crise averroïste de l’Université de Paris au xiiie siècle : le monde est éternel – parce qu’il est impossible de concevoir que la création d’une Cause Première éternelle ne le soit pas ; la cause Première ne peut penser les particuliers – et donc les contingences de l’histoire – parce que, parfaite, elle ne peut penser que le parfait ; donc la prophétie, inscription du divin dans une histoire particulière, est impossible. L’âme est naturellement mortelle – et la plupart des hommes meurent corps et âme ; mais elle est potentiellement immortelle pour le philosophe qui a construit la « Cité vertueuse ». La « politique » – la construction de la cité – est donc affaire de vie ou de mort de l’âme. Que chacun participe dans la mesure de son possible à la connaissance philosophique, voilà le salut (note 170, p. 56), potentialité de salut qu’offre à l’homme sa perfection naturelle (p. 99-100). Fārābī est ainsi hostile à toute forme de déterminisme (note 442, p. 134) : le salut est un travail philosophique, une découverte ascétique du monde. En résumé, le philosophe appelle de ses vœux une sorte de confrérie des bâtisseurs potentiels de la Cité Vertueuse, qu’il convoque à mots couverts, à la fois parce que le propos est socialement dangereux, mais aussi parce qu’il permet de dégager le petit nombre de ceux qui comprennent. Philippe Vallat réfute ainsi avec une grande fermeté le commentaire de Miskawayh – ou repris par Miskawayh – qui s’efforce de « faire rentrer Fārābī dans le rang des penseurs médiocres et serviles » (note 640, p. 200).

3Fārābī enfin est confronté aux éventuelles contradictions entre la doctrine aristotélicienne, qu’il suit largement, et les données de la science de son temps, grecque ou arabe. Ainsi Fārābī se garde de dénombrer les Intellects, supposés de même nombre que les corps ou les sphères célestes – soit neuf selon l’Almageste de Ptolémée – le Premier Ciel, la sphère des étoiles fixes, et les sept planètes – tandis qu’Aristote reconnaît plusieurs dizaines d’intellects. Le monde céleste s’oppose bien au monde sublunaire en ce qu’il ne relève pas de la matière, ni donc de la contradiction, et de la corruption (note 290, p. 91). Comme chez Platon, la vision est immanente à l’œil, qui projette sa lumière sur les objets (note 379, p. 114). Enfin, Fārābī s’oppose au « scepticisme général » des mutazilites (p. 228 et note 725).

4Au total, Philippe Vallat fait une lecture très originale de l’œuvre de Fārābī, et probablement de toute la philosophie arabe, dont il souligne la fidélité à l’héritage grec et l’opposition radicale aux dogmes musulmans. Les destinées de cette philosophie, sa persécution dans le monde islamique, le violent conflit qu’elle soulève dans l’Université parisienne du xiiie siècle viennent à l’appui d’une thèse en franche rupture avec le consensus mou qui prévaut le plus souvent sur ces points.

Référence électronique   : Gabriel Martinez-Gros, « al-Fârâbî Abû Nasr, Le livre du régime politique, introduction, traduction et commentaires de Philippe Vallat, Collection ‘Sagesses Médiévales’, Paris, Les Belles Lettres, 2012, 268 p. », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne], 136 | novembre 2014, mis en ligne le 01 décembre 2014,  URL : http://remmm.revues.org/8443

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Thématiques :

– le rapport politique et religion à partir d’une lecture de Maïmonide, élève de Farabi : Léo Strauss et Maïmonide in «Leo Strauss : l’impensé des Modernes et les Lumières de Maïmonide», publié dans Les Lumières médiévales collectif sous la direction de Géraldine Roux,ed. Van Dieren, 2008, p. 177-201

Recensions  ( sites ): Les clefs du Moyen-Orient

La philosophie islamique ou la généalogie de la raison

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