Epictète

La Philosophie comme manière de vivre de Pierre Hadot La philosophie n’est pas une construction de système, mais la résolution une fois prise de regarder naïvement en soi et autour de soi.

Dans un monde en perte de sens rien de tel que de lire le Manuel d’Epictète. Un manuel c’est ce qui se tient à la main. La philosophie a donc une destination pratique et morale. Elle ne sert pas seulement à se poser des questions, elle doit donner du sens à sa propre vie, compte-tenu de l’abandon du sens en ces temps appelés « temps de crise »…qui si on en croit l’étymologie, devraient être occasion du jugement.

Ce texte assez émietté est un condensé des Entretiens d’Epictète. Il faut toutefois noter qu’il n’a pas été écrit directement par Epictète.

C’est une morale qu’il nous propose . Cependant la difficulté du texte tient à sa systématicité. Pensée close d’une vision du monde où tout est solidaire (physique, logique,morale) et où détacher une phrase de son contexte nous expose à des contresens. Pour Epictète, esclave affranchi, la liberté est ce qui constitue la nature de l’homme. Nous reviendrons sur le sens de cette liberté qui ne consiste pas à faire n’importe quoi mais au contraire à s’en remettre entièrement à la raison. Autre fondement de cette morale, le refus de la nostalgie et des vains espoirs. Seul importe le présent pour l’action qui nous mènera au bonheur.

Le bonheur enfin est la vertu suprême de cette morale, vertu qui ne saurait consister en une somme de plaisirs…

N’oublions pas non plus le sens du mot « manuel » : le poignard…

Présentation qu’en fait Emile Bréhier :

Sénèque s’adresse le plus souvent à des hommes faits, que les circonstances ont éprouvés et qu’il veut guérir. Épictète est le maître des jeunes gens dont il veut former la volonté ; souvent des jeunes gens riches destinés aux carrières publiques et qu’il faut garantir contre les mille dangers du servilisme, de la flatterie, des subits revers de fortune. Sous mille formes. il leur répète la même vérité ; le bien et le mal pour l’homme sont uniquement dans ce qui dépend de lui, c’est-à-dire dans le jugement et la volonté qui, selon qu’ils seront sains et droits, ou bien dépravés, produiront tout le bonheur ou le malheur dont l’homme est susceptible. La vraie liberté, c’est l’affranchissement des opinions fausses. L’époque d’Épictète est celle où l’ingénu, celui qui n’a dans ses ascendants que des hommes libres, se fait de plus en plus rare ; les affranchis et leurs familles ont un rôle qui va croissant ; Épictète lui-même est un esclave affranchi. C’est cette libération de fait de l’esclave qu’Épictète transpose dans le sentiment moral : « Le dogme philosophique, dit-il, c’est ce qui fait relever la tête à ceux qui sont abaissés, ce qui permet de regarder les riches et les tyrans droit dans les yeux  »

Organisation de la thèse:

I. La liberté absolue comme postulat…mais une liberté associée au destin

II. Le grand ordonnancement du monde ou la « sympathie universelle »

la rationalité est inscrite dans la nature. Il suffit de se mettre à l’écart de cette grande foire qu’est le monde pour s’en rendre compte et de regarder avec un certain recul..il devient alors evident que la nature est un Cosmos ordonné par la raison. Ainsi par exemple la mort se trouve justifiée dans le grand plan cosmique puisqu’elle est condition du renouveau.

Epictète emprunte à la biologie un bon nombre d’exemples pour justifier cette conception finaliste de la nature.

Ainsi la nature est elle soumise à des lois nécessaires qui ne sont nullement mécaniques mais dans une fluidité dynamique où tout ce qui advient est en mouvement et changement: les éléments du monde sont liés dans un ordre causal qui est un ordre de succession dans le temps. Ainsi faut-il réintroduire la durée dans notre vision du monde.

Cette fluidité Epictete la restitue par l’emploi de nombreuses métaphores au lieu des concepts qui figent et enserrent.

Cette conception finaliste exclut toute pensée du mal. En effet ce que nous appelons mal n’est que notre propre méconnaissance des lois qui gouvernent les phénomènes. A isoler la partie d’un tout nous perdons de vue l’ordonnancement général et prenons pour difforme et irrationnel ce qui s’inserre dans un ensemble . Le manque de recul nous conduit à appeler mal ce qui échappe à notre regard.

Certes on pourrait reprocher à Epictète un certain anthropocentrisme (onest encore loin de Copernic et Darwin qui décentrent l’homme) ; il justifiera par exemple l’existence de la barbe en disant que c’est ainsi que la nature procède à une distinction des sexes. ..et que cette dernière est plus séduisante que la crète des coqs ou la crinière des lions. Cependant cette conception aboutit d’une part à un cosmopolitisme qui dait de tout homme un citoyen du monde et donc à l’idée d’une fraternité universelle,et d’autre part à une proximité des hommes et des Dieux, imanence qui protège finalement de toute tentation superstitieuse.

III. Liberté et finalité à l’oeuvre dans la nature: faut-il lire un paradoxe? complémentarité du destin et de la liberté.

Soient, par exemple, un cylindre ou une toupie : pour les mettre en mouvement, il faut une impulsion extérieure (cause principale); mais cette impulsion donnée, le mouvement sera différent pour le cylindre et la toupie, en raison de la nature même de ces corps (cause auxiliaire). De même, si nous formons un jugement, il faut une cause extérieure qui nous donne une représentation, et cette cause ni cette représentation ne dépendent de nous. Mais il faut, en outre, que nous accordions ou refusions notre assentiment à cette représentation, et voilà ce qui est en notre pouvoir, ce qui dépend de notre nature. Le destin étant la somme des causes, tant intérieures qu’extérieures, qui produisent un effet, on peut dire que tout arrive en vertu de la destinée. Et cependant nos actions sont bien à nous puisque nous nous distinguons des causes extérieures; notre volonté ne s’oppose pas au destin, mais aux causes qui agissent sur nous du dehors; cela suffit pour que nos actions nous soient imputables et pour que les méchants ne soient pas admis à rejeter sur les dieux ou la destinée la responsabilité de leurs crimes.

on mettra en perspective cette analyse et la définition que donnera Descartes de la vertu de générosité:

« Et parce que l’une des principales parties de la sagesse est de savoir en quelle façon et pour quelle cause chacun se doit estimer ou mépriser, je tacherai ici d’en dire mon opinion. Je ne remarque en nous qu’une seule chose qui nous puisse donner juste raison de nous estimer, à savoir l’usage de notre libre arbitre, et l’empire que nous avons sur nos volontés. Car il n’y a que les seules actions qui dépendent de ce libre arbitre pour lesquelles nous puissions avec raison être loués ou blâmés, et il nous rend en quelque façon semblables à Dieu en nous faisant maîtres de nous-mêmes, pourvu que nous ne perdions point par lâcheté les droits qu’il nous donne. Ainsi je crois que la vraie générosité, qui fait qu’un homme s’estime au plus haut point qu’il se peut légitimement estimer, consiste seulement partie en ce qu’il connaît qu’il n’y a rien qui véritablement lui appartienne que cette libre disposition de ses volontés, ni pourquoi il doive être loué ou blâmé sinon pour ce qu’il en use bien ou mal, et partie en ce qu’il sent en soi-même une ferme et constante résolution d’en bien user, c’est-à-dire de ne manquer jamais de volonté pour entreprendre et exécuter toutes les choses qu’il jugera être les meilleures. Ce qui est suivre parfaitement la vertu. » DESCARTES

IV. la philosophie comme art de vivre …et pas simplement un exercice scolaire.

V. Le bonheur, une vertu morale.

VI. Le droit de choisir sa mort.

http://alzazou.files.wordpress.com/2010/03/epictete-le-boiteux.jpg?w=250&h=415

comment lire le Manuel?

tout d’abord le Manuel est un livre qui prodigue des exercices. Il s’agit de mémoriser des conseils et de contracter des habitudes pour parvenir à une véritable sagesse, c’est à dire acquérir une reelle mis à distance de tout ce qui peut s’opposer à un vrai bonheur.(on notera l’importance de la mémoire pour cet exercice, il y a une véritable mémoire du corps qui permet le surgissement de l’habitude)

On peut ainsi voir l’organisation du texte comme une structure en spirale avec approfondissements successifs des conseils.

le Manuel met en place des conseils: la philosophie se donne d’emblée dans sa dimension pratique.

A plusieurs reprises Epictète semble se répéter. On peut lire cela plutôt comme un approfondissement de sa thèse. L’homme doit atteindre le bonheur, à condition de bien comprendre le sens de ce terme de bonheur qui ne doit rien au hasard comme semble le faire croire l’étymologie du mot, et qui est la plus haute vertu morale. Ainsi le bonheur n’est-il pas non plus une somme de plaisirs.

Dès le début du texte la thèse fondamentale d’Epictète est posée: le liberté est essentielle à l’homme. Cependant les 26 premiers paragraphes vont mettre en place ce que l’on pourrait qualifier de paradoxal, c’est à dire l’union essentielle de cette liberté à la notion de destin, confondue trop souvent avec la notion de fatalité.

C’est ainsi qu’il faut comprendre le deuxième moment du texte qui va revenir sur cette notion de destin ou d’ordre du monde, ou encore de « sympathie universelle ». Comme dira plus tard Spinoza l’homme n’est pas un empire dans un empire. Il appartient à l’ordre de la nature. Cette immanence de l’homme et de la nature, de l’homme et des Dieux, empêche tout rapport hiérarchique et donc de soumission de l’homme à la nature ou encore aux Dieux. Liberté n »est pas cependant totale indépendance même si elle pose la volonté au point de départ de la liberté

Dans un troisième temps il posera la morale et le bonheur qui découlent de cette définition paradoxale de la liberté, mais qui n’est paradoxale que pour celui qui n’a pas compris en quoi elle consistait.

Pour finir Epictète va définir la philosophie comme exercice, mise à distance…mais se mettre à l’écart, être spectateur de sa vie n’empêche pas d’agir.

L »ETUDE DU TEXTE SERA ESSENTIELLEMENT ORIENTEE VERS CE PARADOXE

(est utilisée une traduction à laquelle seront apportées quelques modifications ponctuelles)

ETUDE DU TEXTE:

I

1. Parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous, d’autres non. De nous, dépendent la pensée, l’impulsion, le désir, l’aversion, bref, tout ce en quoi c’est nous qui agissons ; ne dépendent pas de nous le corps, l’argent, la réputation, les charges publiques, tout ce en quoi ce n’est pas nous qui agissons.

2. Ce qui dépend de nous est libre naturellement, ne connaît ni obstacles ni entraves ; ce qui n’en dépend pas est faible, esclave, exposé aux obstacles et nous est étranger.

3. Donc, rappelle-toi que si tu tiens pour libre ce qui est naturellement esclave et pour un bien propre ce qui t’est étranger, tu vivras contrarié, chagriné, tourmenté ; tu en voudras aux hommes comme aux dieux ; mais si tu ne juges tien que ce qui l’est vraiment — et tout le reste étranger —, jamais personne ne saura te contraindre ni te barrer la route ; tu ne t’en prendras à personne, n’accuseras personne, ne feras jamais rien contre ton gré, personne ne pourra te faire de mal et tu n’auras pas d’ennemi puisqu’on ne t’obligera jamais à rien qui pour toi soit mauvais

Le Manuel commence par faire une distinction entre les choses qui dépendent de nous et celles qui n’en dépendent pas. Ce qui dépend de nous est ce qui relève de notre action et de notre capacité à séparer .

le choix est la valeur suprême pour notre conservation et non l’objet sur lequel porte ce choix.

Ces choix cependant appartiennent à l’ordre du vraisemblable et de l’incertain, le philosophe ne possédant aucun savoir absolu .(on retrouvera la même idée dans la morale par provision de Descartes

« Et enfin, comme ce n’est pas assez, avant de commencer à rebâtir le logis où on demeure, que de l’abattre, et de faire provision de matériaux et d’architectes, ou s’exercer soi-même à l’architecture, et outre cela d’en avoir soigneusement tracé de dessin, mais qu’il faut aussi s’être pourvu de quelque autre où on puisse être logé commodément pendant le temps qu’on y travaillera; ainsi, afin que je ne demeurasse point irrésolu en mes actions, pendant que la raison m’obligeroit de l’être en mes jugements, et que je ne laissasse pas de vivre dès lors le plus heureusement que je pourrois, je me formai une morale par provision, qui ne consistoit qu’en trois ou quatre maximes dont je veux bien vous faire part.

DESCARTES DISCOURS DE LA METHODE)

Il faut manifester sa volonté pour être un homme libre. Telle est l’idée fondamentale d’Epictète. La pensée se donne d’emblée comme manifestation de cerre liberté. Ainsi agir et vouloir en s’en remettant à la raison, telle semble être la figure de la liberté et du bonheur dans ce texte. La position sociale, le corps; l’argent, le jeu des apparences échappent à tout contrôle rationnel et ne peuvent dès lors conduire au bonheur.

Pour être heureux il s’agit d’exercer sa réflexion, discipliner ses désirs et impulsions. Ceci donnera accès aussi au métier d’homme.

– les impulsions: elles appartiennent en propre aux animaux et à l’homme. Cependant, la nature a attribué à l’homme la raison en plus. L’animal s’en remet à ses impulsions pour survivre. L’homme au contraire peut dépasser la simple survie. Mais c’est l’impulsion qui va le pousser à agir….la raison orientera l’impulsion dans le sens de l’humain.(notons ici la pensée finaliste d’Epictète)

– le désir: il doit porter sur le beau, c’est à dire le juste, le courageux, l’ordonné, ce qui relève de la science.

il s’agit de s’approprier soi-même, ne pas être étranger à soi. En d’autres termes vivre selon la nature, c’est à dire selon la raison…et la constitution de notre propre corps pourrait-on ajouter.
ainsi se voit délimitée notre sphère de liberté au milieu du destin.

Une telle pensée est donc loin d’être une pensée de la résignation mais une pensée de la volonté et de l’action;

4. A toi donc de rechercher des biens si grands, en gardant à l’esprit que, une fois lancé, il ne faut pas se disperser en oeuvrant chichement et dans toutes les directions, mais te donner tout entier aux objectifs choisis et remettre le reste à plus tard. Mais si, en même temps, tu vises le pouvoir et l’argent, tu risques d’échouer pour t’être attaché à d’autres buts, alors que seul le premier peut assurer liberté et bonheur.

5. Donc, dès qu’une image viendra te troubler l’esprit, pense à te dire : « Tu n’es qu’image, et non la réalité dont tu as l’apparence. » Puis, examine-la et soumets-la à l’épreuve des lois qui règlent ta vie : avant tout, vois si cette réalité dépend de nous ou n’en dépend pas ; et si elle ne dépend pas de nous, sois prêt à dire : « Cela ne me regarde pas. »

Ce ne sont pas les choses qui nous troublent mais les représentations que nous nous en faisons. Une représentation est adéquate lorsqu’elle ne dépasse pas le champ de la perception.

de même faut-il savoir séparer et distinguer rationnellement les actions. Agir ce n’est pas s’agiter dans tous les sens. Cette agitation stérile Pascal la qualifiera de divertissement, crainte en fait du temps qui s’oriente vers la mort. On pourrait dire que c’est une représentation inadéquate qui nous fait craindre la mort et nous conduit à nous agiter dans tous les sens. C’est la même idée que nous retrouvons dans ce texte d’Epictète.

Le pouvoir des représentations c’est le pouvoir de l’imagination. Cependant, l’imagination n’est pas à rejeter entièrement puisqu’il y a des représentations adéquates qui nous permettent d’agir…L’imagination aurait dès lors un pouvoir qui dépasse celui de la raison. C’est une des raisons qui explique le recours fréquent dans ce texte aux métaphores et exemples.

Ce qui dépend de nous et ce sur quoi nous pouvons agir est donc l’usage correct des représentations.

1. Souviens-toi que le désir est tendu vers son objet tandis que le but de l’aversion, c’est de ne pas tomber dans ce qu’on redoute. Si l’on est infortuné en manquant l’objet de son désir, on est malheureux en tombant dans ce qu’on voulait éviter. Donc, si tu ne cherches à fuir que ce qui est dépendant de toi et contraire à la nature, il ne t’arrivera rien que tu aies voulu fuir. Mais si tu cherches à éviter la maladie, la mort ou la misère, tu seras malheureux.

2. Supprime donc en toi toute aversion pour ce qui ne dépend pas de nous et, cette aversion, reporte-la sur ce qui dépend de nous et n’est pas en accord avec la nature. Quant au désir, pour le moment, supprime-le complètement. Car si tu désires une chose qui ne dépend pas de nous, tu ne pourras qu’échouer, sans compter que tu te mettras dans l’impossibilité d’atteindre ce qui est à notre portée et qu’il est plus sage de désirer. Borne-toi à suivre tes impulsions, tes répulsions, mais fais-le avec légèreté, de façon non systématique et sans effort excessif.

III

Pour tout objet qui t’attire, te sert ou te plaît, représente-toi bien ce qu’il est, en commençant par les choses les plus petites. Si tu aimes un pot de terre, dis-toi : « J’aime un pot de terre. » S’il se casse, tu n’en feras pas une maladie. En serrant dans tes bras ton enfant ou ta femme, dis-toi : « J’embrasse un être humain. » S’ils viennent à mourir, tu n’en seras pas autrement bouleversé.

IV

Quand tu te prépares à faire quoi que ce soit, représente-toi bien de quoi il s’agit. Si tu sors pour te baigner, rappelle-toi ce qui se passe aux bains publics : on vous éclabousse, on vous bouscule, on vous injurie, on vous vole. C’est plus sûrement que tu feras ce que tu as à faire si tu t’es dit : « Je vais aller aux bains et exercer ma liberté de choisir en accord avec la nature. » De même pour toutes tes autres tâches. Car, ayant fait cela, s’il arrive quelque chose qui t’empêche de te baigner, tu auras la réponse toute prête : « Je ne voulais pas seulement me baigner, mais exercer ma liberté de choisir en accord avec la nature ; si je me mets en colère à cause de ce qui m’arrive, ce ne sera pas le cas. »

V

Ce qui tourmente les hommes, ce n’est pas la réalité mais les opinions qu’ils s’en font. Ainsi, la mort n’a rien de redoutable — Socrate lui-même était de cet avis : la chose à craindre, c’est l’opinion que la mort est redoutable. Donc, lorsque quelque chose nous contrarie, nous tourmente ou nous chagrine, n’en accusons personne d’autre que nous-mêmes : c’est-à-dire nos opinions. C’est la marque d’un petit esprit de s’en prendre à autrui lorsqu’il échoue dans ce qu’il a entrepris ; celui qui exerce sur soi un travail spirituel s’en prendra à soi-même ; celui qui achèvera ce travail ne s’en prendra ni à soi ni aux autres.

Comment faire pour avoir le bon jugement, ne pas se tromper dans ses choix?

Il ne s’agit pas de faire comme tout le monde (le critère du nombre n’a jamais été un critère satisfaisant pour parvenir à la vérité. Il faut de l’exercice, de la préparation…et ainsi se justifie la forme du texte d’Epictète qui s’adresse à un individu singulier qui doit exercer sa réflexion afin de pouvoir la mettre en pratique dans sa vie personnelle.

Ainsi la sagesse n’est pas réservée à une élite mais est à la portée de tous. Epitète conteste ainsi la position de Platon qui posait la nécessité de reconnaître un naturel philosophe…dans la caverne ce n’était pas n’importe qui qui était l’élu pour philosopher…

Pour tout objet qui t’attire, te sert ou te plaît, représente-toi bien ce qu’il est, en commençant par les choses les plus petites. Si tu aimes un pot de terre, dis-toi : « J’aime un pot de terre. » S’il se casse, tu n’en feras pas une maladie. En serrant dans tes bras ton enfant ou ta femme, dis-toi : « J’embrasse un être humain. » S’ils viennent à mourir, tu n’en seras pas autrement bouleversé.

Echapper aux fausses représentations c’est s’exercer au jugement en connaissance de cause. Ainsi si un pot de terre que j’affectionne se brise, je ne peux être triste car la propriété de la matière de ce pot c’est de pouvoir se briser. Je ne peux pas intervenir sur les lois établies par la nature. Procédant alors à une analogie Epictète dit qu’il en va de même pour les êtres qui nous sont encore plus chers qu’un pot de terre. L’important c’est de supprimer les amentations et les gémissements qui nous affaiblissent..ce que Spinoza désignera par l’expression « passions tristes »..passions qui nous empêchent d’agir et nous rendent au pire superstitieux et craintifs donc malheureux.

Allons même plus loin: c’est parce que nous rencontrons des obstacles que nous pouvons aller plus loin que les simples animaux. En effet nous pouvons ainsi expérimenter la raison qui est en nous et nous hisser au réel statut d’être humain .

Philosophie de la conquête de soi, il ne s’agit pas de renoncer à soi mais de gagner son humanité…

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