Aristote Acte et Puissance

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« Aristote savait que l’individuel seul est ou existe, mais la seule sorte d’être qu’il pût se rendre intelligible était l’essence » ( E. Gilson, p.59).

Il y a deux Aristote. Un très éloigné de Platon par sa curiosité du « réel concret »(voir les travaux sur les sciences naturelles). Mais il y a aussi un Aristote proche de Platon qui pense que  ce particulier n’a de sens que s’il conduit à la connaissance de l’essence. Cela explique pourquoi la querelle des universaux au Moyen Age renvoie à deux visages d’Aristote.

Lutte entre deux ontologies au sein de la pensée d’Aristote. L’individu seul existe. L’essence universelle est portée par l’individuel qui lui permet d’exister.

 

Puissant ne s’entend pas seulement de ce qui a la propriété de mouvoir une autre chose, ou de recevoir d’elle le mouvement, mouvement proprement dit, ou mouvement de telle ou telle nature, mais qu’il a encore d’autres significations : nous déterminerons ces significations dans le cours de cette recherche. L’acte est, pour un objet, l’état opposé à la puissance : nous disons, par exemple, que l’Hermès est en puissance dans le bois ; que la moitié de la ligne est en puissance dans la ligne entière, parce qu’elle pourrait en être tirée. On donne aussi le nom de savant en puissance même à celui qui n’étudie pas, s’il a la faculté d’étudier. (Θ, 6)   …..> recours à l’analogie

Acte ne s’entend pas toujours de la même manière, si ce n’est par analogie ; on dit : tel objet est dans tel autre ou relatif à tel autre ; on dit aussi : tel objet est en acte dans tel autre, ou relativement à tel autre. Car l’acte signifie tantôt le mouvement relativement à la puissance, tantôt l’essence relativement à une certaine matière. La puissance et l’acte, pour l’infini, le vide, et tous les êtres de ce genre, s’entendent d’une autre manière que pour la plupart des autres êtres, tels que ce qui voit, ce qui marche, ce qui est vu. Dans ces derniers cas, l’affirmation de l’existence peut être vraie soit absolument, soit dans telle circonstance donnée. Visible se dit ou de ce qui est vu réellement, ou de ce qui peut être vu. (Θ, 6)

C’est enfin en Θ 8 que l’on lit que l’acte est antérieur à la puissance :

La matière, la semence, la faculté de voir, sont antérieures, sous le rapport du temps, à cet homme qui est actuellement en acte, au froment, au cheval, à la vision ; elles sont, en puissance, l’homme, le froment, la vision, mais elles ne les sont pas en acte. Ces puissances viennent elles-mêmes d’autres êtres, lesquels sous le rapport du temps sont en acte antérieurement à elles ; car il faut toujours que l’acte provienne de la puissance, par l’action d’un être qui existe en acte : ainsi, l’homme vient de l’homme, le musicien se forme sous le musicien; il y a toujours un premier moteur, et le premier moteur existe déjà en acte.

Toutes [l]es causes sont ou en acte, ou en puissance. Mais il y a cette différence entre elles, que les causes en acte, ainsi que les causes particulière, commencent et finissent en même temps que les effets qu’elles produisent : ce médecin, par exemple, n’est guérissant qu’autant qu’il traite ce malade ; et cet architecte n’est construisant qu’autant qu’il construit cette maison. Il n’en est pas toujours ainsi des causes en puissance ; la maison et l’architecte ne périssent pas en même temps.

Mét. Δ, 2, 1014a20-25

La priorité et la postériorité se rapportent à la puissance et à l’acte. Ce qui est en puissance est antérieur; ce qui est en acte, postérieur. Ainsi, en puissance, la moitié de la ligne est antérieure à la ligne entière, la partie est antérieure au tout ; la matière à l’essence. Mais en acte, les parties sont postérieures au tout ; car c’est après la dissolution du tout qu’elles sont en acte.

Mét. Δ, 11, 1019a6-11

L’acte aussi est un but ; et la puissance est en vue de ce but. En effet, les animaux ne voient pas pour avoir la vue, mais ils ont la vue pour voir ; de même on possède l’art de bâtir pour bâtir, la science spéculative pour s’élever à la spéculation.

Mét. Θ, 8

Commentaire de Gilson Etre et Essence p.54

Les philosophies existentielles de l’être se rattacheront à cette ontologie du donné.

Critique des Idées platoniciennes par Aristote qui ne possèdent pas le mouvement capable de leur donner existence.

Cela  donnera lieu à l’erreur d’Avicenne selon Averroes qui attribuera à la substance le verbe être, en tant qu’être supplémentaire. Or le réel n’a pas besoin d’autre être que sa propre réalité. (Gilson, p. 69)

 

problématique : comment sortir de l’idée selon laquelle l’existence est actualisation de l’essence?

c’est la question que traitera Saint Thomas d’Aquin.

 

 

 

 

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