Poésie et existence

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Pour Wahl, la proposition de Descartes, «cogito ergo sum» n’énonce ni un jugement, ni un raisonnement, mais bien l’affirmation d’une certitude instantanée de l’être : je pense,
je suis. Autrement dit, le cogito met en rapport notre existence et notre pensée, de façon simultanée, de telle sorte « qu’en même temps qu’il est la preuve de mon existence, il est la définition même de la pensée, car la pensée, l’idée est ce qui est en nous de telle façon que nous en sommes immédiatement conscients ».  Cette interprétation de la pensée cartésienne vise principalement à soutenir que « c’est par un acte instantané de la pensée que l’esprit pourra se délivrer de son doute. Mais le doute n’aura été qu’un acte instantané », c’est-à-dire celui qui fonde au préalable la liberté de penser. Dans son Étude sur le «Parménide» de Platon, (1923) Jean Wahl voyait en effet dans l’instant tel qu’il apparaît dans la troisième hypothèse du dialogue, une sorte de « trou dans le temps,différentielle, éternité ». « Mais l’instant de cette troisième hypothèse [commente Jean Wahl] est aussi le point où les temps contraires se rejoignent et se dépassent. Le temps immobile de l’Un auquel on ne peut attribuer aucun prédicat et le devenir infini de celui auquel on les applique tous, dans leur multiplicité, se retrouvent et se dépassent dans l’instant, dans une sorte de discontinuité d’ordre supérieur, celle même qui lie et sépare les hypothèses sur le continu et le discontinu ». Le philosophe allait reprendre cette réflexion dans Les Études kierkegaardiennes où l’instant change de registre. Ici, « l’instant devient à la fois celui de la décision éthique de l’individu et dela rencontre singulière avec une réalité ou plutôt, comme dit Jean Wahl, de la rencontre singulière de deux réalités : celle d’un sujet
et d’un objet qui, dans et par leur rencontre, échappent l’un et l’autre à ces catégories réductrices. Dans l’expérience sensible de leur unité, “l’existence” s’ouvre ainsi sur une “transcendance” ». Jean Wahl a ainsi trouvé dans l’instant éthique qui ancre l’individu à l’éternité en le faisant sortir de la dialectique, telle que l’a exprimée Kierkegaard, une « conception de la discontinuité du temps qui ne s’intègre pas d’abord à un système de la connaissance, mais fait place à une expérience singulière où le “je” parle pour lui-même »
  • POESIE ET METAPHYSIQUE Compte rendu de la journée-débat organisée le 20 mars 2009 à l’Ecole Normale Supérieure de Paris par l’Association Louis Lavelle
    par Alain Sager, professeur de philosophie à Nogent sur Oise.

Revue philosophique de la France et de l’étranger 2012/1 (Tome 137)

La poésie lyrique de Hâfez (xive siècle) s’élève au niveau de la plus exigeante méditation philosophique. L’amour, qui est son foyer, n’y désigne pas une affection ou une passion de l’âme. Il fait écho à la théologie de l’amour qui s’est construite en islam au croisement du néo-platonisme avicennisant et du soufisme d’Ibn ‘Arabî. Pour Hâfez, l’amour est ce qui de Dieu apparaît dans l’homme. Ses affres sont le mystère de la théophanie. Le ghazal est une fenêtre sur l’ontologie de la théophanie et sur l’amphibolie du réel qu’elle induit. Il opère, dans la matière des figures qu’il sollicite,la coalescence des ordres de la réalité et des formes de la perception. Il révèle les ressources du sensible quand il devient cette réalité subtile lestée d’une matière transmuée. La poésie de Hâfez dévoile les paradoxes du réel, immanent et transcendant,sensible et intelligible, pour nous mettre sur la voie du paradoxe fondamental :le paradoxe de Dieu, qui est caché et apparent, et le paradoxe de la révélation, qui confère des noms et des attributs à une essence insondable. Ce faisant, elle côtoie les discours de la religion et de la philosophie. Le poète, en dévoilant le sens vrai de la révélation, devient le rival du religieux. Il trouve son site en un lieu défriché et balisé par le philosophe. Hâfez exprime dans l’unité et l’équilibre parfait du poème d’amour la théologie et l’ontologie que le philosophe formule dans des concepts abstraits. Il parachève le projet que la philosophie réalise partiellement et maladroitement.

  • L’art n’est pas dévoilement selon Lévinas mais obscurcissement
GUILLOT, Céline. « De l’ombre où nous nous tenions » : une lecture de Thomas l’Obscur d’après La Réalité et son ombre de Lévinas In : Emmanuel Lévinas-Maurice Blanchot, penser la différence [en ligne]. Nanterre : Presses universitaires de Paris Ouest, 2008 (généré le 01 juillet 2016). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/pupo/911&gt;. ISBN : 9782821826885.
Or, pour Lévinas et Blanchot, l’art, en particulier la poésie, doit être envisagé comme ce qui « tranche sur la connaissance8 », comme ce qui « en nous ouvrant à l’événement même de l’obscurcissement, une tombée dans la nuit, un envahissement de l’ombre9 » s’annonce comme une transgression et un retournement.
 A LIRE ou entendre :
  • Alexis Nouss : dit Paul Celan
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