Pénélope

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Je ne vous comprends pas.

Difficile portrait que celui de Pénélope…Elle m’avait dit tisser la toile, celle du texte, mais il y avait en elle quelque chose de l’araignée. Elle tisse une toile dans laquelle sont pris au piège les moindres insectes inattentifs. Elle me donnait l’impression d’y ressembler, et moi d’en être la proie.

Elle ne ressemblait à personne, en tout cas impossible de la caser, elle était semblable à l’anguille qui glisse en eaux douces.

Elle avait vécu des orages, beaucoup trop d’orages. J’avais vraiment du mal à la cerner. On ne cerne pas l’araignée aux bras multiples, c’est elle qui vous enserre. L’étoile de mer sèche quand on la met au soleil…Elle, c’était pareil. Une étoile qui risquait de périr si on l’approchait de trop près.

Le récit classique, la narration avec ses règles temporelles, ne pouvaient coller avec ce qu’on attend d’une histoire : un début et une fin. Elle-même m’avait retracé sa vie dans une sorte de désordre qui m’échappait, mais c’était peut-être la seule façon de dire son histoire.

« j’espère être fidèle à moi-même, ce n’est pas facile de rendre linéaire ce qui a la forme d’une étoile » ainsi commença notre échange ; »

Oui, c’est vrai. Avec vous, la vie semble se déployer. On dirait des tentacules qui partent à gauche et à droite en même temps et quelque chose qui tournoie au centre

ce quelque chose c est l’art et la philosophie…j ai quelque chose de Gorgone, qui fascine, et de Circé qui donne en pâture…dur de me cerner en effet; Pénélope c’ était moi au milieu des sites de rencontre, aujourd’hui tout cela est loin. Ce que j’attends…je prends ce qui vient, me nourrit des mets de l’esprit. .Difficile de vivre avec pour seule ambition la reconnaissance d une intelligence…j’aime…? Je ne sais pas. J’aime l’écriture, la pensée et la couleur c’est ma vie…je n’en suis pas triste…je suis malade, atteinte d’une dégénérescence du système nerveux, comme on aime euphémiser. Je me suis adaptée à ce que je suis…sur un fil qui doit rester tendu… Elsa est là oui, mais j’ai appris à compter sur moi et mes contradictions et aussi sur mes rêves,, mes désirs que la maladie n’a su m’ôter. .Rencontrer soi-même, ou autrui de qui on dresse le portrait, c’est être aussi à la lisière, comme lorsque l’on croise un animal et que l’on attend le moment où les mondes se croisent, très rapidement, comme un éclair. Il ne s’agit pas de copier, mais exprimer cet éclair, rajouterai-je..:

il me faut achever l’histoire, sinon il manque l’essentiel: depuis plusieurs mois je ne fais plus l’amour avec Elsa….plus envie d’elle……………….Elle attend et espère, moi je parle pour taire mon refus

lisez-moi un extrait de votre analyse des sites de rencontre…

j’ai tenté d’écrire oui…cette période trouble où je fuyais la maladie dans des bras qui n’en étaient pas, une sorte de manchots les hommes des sites. Ecoutez cet extrait..

Un jour j’ai rencontré Elsa…Nous nous sommes rencontrées peu importe où…la rencontre, c’est l’entrelacs, pas la fusion ni la confusion. Non. Le sentiment d’une connivence, le croisement de nos vies.  Il y avait une attente indicible mais présente…Au premier rendez-vous elle se perdit….moi, fidèle à moi-même, j’affichais force et séduction. Elle était comme un moineau effarouché, bousculé dans ses habitudes.

Nous dînâmes et elle céda à ma pression de finir la soirée chez moi…

Le désordre ambiant, le côté « antre » de ma chambre, n’eurent pas raison de nos désirs….

Nous avions une histoire qui nous dépassait, c’était  ainsi. Pas la violence du  coup de foudre, ,non. La douceur  et le réveil   à soi et  à l’autre. Un partage  étranger à  l’univers masculin…Enrober au lieu de se laisser pénétrer

L’amour au féminin c’était du sexe mais soucieux du réel plaisir de l’autre

Active ? Passive ? pur fantasme masculin

Entrelacs des corps Ce fut notre rencontre

Disons le autrement : au cours de ces  rencontres sur les sites libertins, qui n’avaient de proprement libertins que le mot lui-même, je n’éprouvais aucun sentiment…Juste la nostalgie de ce qui aurait pu être. Je n’aimais pas le côté conquistador de certains hommes et je m’amusais plus à les ridiculiser. Un jour qui dura trois ans, je rencontrai un homme avec qui j’eus une histoire passionnée et très sexuelle, sans interdit…c’était dans le même temps que j’étais avec Elsa. Je la quittai et le suivis…Très vite je le sentis peu fiable et le devançant sans doute, je retournais sur le net…………Il me savait malade, mais me demandait de faire comme si tout allait bien, cultivant mon déni du réel. Très grave ce déni pour Parkinson, qui alors dégénère. Je le quittais. Il fallut beaucoup de temps pour oublier…Elsa avait ressurgi. Elle m’aida, comme elle m’a aidée à remonter la pente…Lui qui me disait que je sombrerai dans le trou après son départ, je lui dois d’être aujourd’hui ce que je suis : une femme libre et aimée. Une sorte de manipulateur cet homme. Du plaisir il savait donner, de la tendresse ,de l’amour, non.

Avec mes premiers maris, j’ai toujours eu l’impression que la concurrence l’emportait sur l’amour, avec lui j’ai confondu amour et sexe, avec Elsa je sais que c’est différent, pas parce que c’est une femme, je déteste les classifications, mais parce qu’il n’y a pas de volonté de nuire.

Les sites ? moi j’appelais cela le cocufiage permis et organisé, les égarés du désir, disais-je parfois…Libertins ???non ..ils auraient dû mieux lire Mme de Merteuil. Des libertaires ??non ils étaient bourrés de principes moralisateurs,…Des frustrés (en tout cas pas mal de ceux que j’ai rencontrés). Moi je ne suis pas frustrée…J’étais malade et un jour le sol s’est dérobé sous mes pieds..

J’ai mis tout cela par écrit, et notamment cette haine des hommes..

« Un tourbillon terrible l’avait recouverte et la légende courait et enflait sur une éventuelle vie sous ses sables chauds. On parlait d’une certaine Antinéa. Elle y mènerait, avec ses courtisanes, une vie saphique consacrée à l’amour,  la musique et la poésie. Beaucoup s’étaient mis en quête de l’entrée de la Cité perdue. Par goût du plaisir. Nombreux étaient-ils à y avoir laissé leur âme. A leur retour on les voyait déambuler, hagards, sans aucun souvenir, à peine reconnaissables. Ils sombraient dans une telle mélancolie qu’ils y demeuraient à jamais. Nul plaisir sur leurs visages…des traces de nuits sans veille,  un désir indicible, inassouvi, des bouches qui récitaient d’étranges vers… perdus à tout jamais étaient ces hommes…privés de leurs sens, désorientés…ils erraient dans les sables chauds…beaucoup sombraient dans la folie. Parfois ils se mettaient à genoux…contemplaient les scorpions au venin mortel…

Atlantide de l’oubli impossible. La Cité s’était emparée à tout jamais de leur mémoire. A la place ils étaient habités d’étranges poèmes. On les voyait ainsi dans les rues, chantant et déclamant. Ils marchaient tel Orphée sortant des Enfers. Seule leur ombre les suivait. Orphée privé d’Eurydice, à tout jamais perdue.

Enchaînés à une douce voix perdue, ces nouveaux argonautes en quête de la Toison d’Or, étaient embarqués dans un voyage sans retour. Une recherche sans fin. L’Atlantide était ce royaume de la parole musicale et féminine. Ils ne pouvaient plus oublier ce plaisir de tous les sens réconciliés ni la poétesse Antinéa, nouvelle Sapho à la parole libre et créatrice. Sa parole entrait dans la mémoire et n’en délogeait plus. Elle vous cernait et s’infiltrait peu à peu, avec lenteur, dans les plis de la peau.

 

Antinéa, nouvelle Sirène, à la voix ensorcelante…descendre dans le château, c’est faire un détour par les Enfers. C’est ce qu’ils ont fait…leur âme y est restée…au retour une voix les habitait. Ils avaient expérimenté la douceur lente qui s’empare du corps à tout jamais.

Atlantide, Cité des mots égarés. Cité du désir de dire…Cité de la féminine parole…parole qui encercle, embrasse, enrobe et dérobe…parole qui absorbe et dévore dans la courbe de son dire .

Ces hommes perdus, je les entends, je les vois…chercher dans la précipitation cette impassible lenteur du temps qui tourne telle une boucle sans début ni fin.

Sapho sort sa lyre et les accompagne dans leur quête silencieuse et vaine…je l’entends… »

Est-ce que cela partait dans tous les sens ? où était la trame ? Je lui écrivis.

« Merci pour vos images, très belles. Merci pour vos textes. Merci pour cette montagne d’inspiration.
Merci pour les réponses, aussi, qui me permettent de comprendre.
Il ne me reste plus qu’à assembler le puzzle. Je vais faire au mieux. Laissez moi un peu de temps… D’ici dix jours je reviens vers vous avec le portrait.
Je vous embrasse »

Elle poursuivit son récit :

Mon père était d’.., il en est parti mais moi je suis restée…il était ferronnier et après son mariage, il devint gardien de la paix. C’était une demande de ma mère. Elle, bretonne arrivée à 19ans à Paris, fait tous les boulots et envisage de devenir bonne sœur. Eh oui ..puis elle le rencontre, se marie et tombe enceinte – c’est tout à fait le mot, elle n’a pas compris !!. DE moi. Cela se complique, elle ne me veut pas, pleure, a peur…mais j’arrive et très vite elle se voit dépossédée de sa fille par la belle famille. Je n’ai jamais eu de marques d’affection pour ma mère…On échange au téléphone, elle me donne de l’argent en cachette de mon père.. mais quand nous sommes face à face, c’est le vide.

Lui m aimait tellement qu’il était d’une jalousie maladive, et me le montrait à  coup de claques et d’arnica.

Je devais être parfaite ! je ne souriais jamais, encore moins quand ma mère eut mon frère. Elle était ravie pas moi. Aujourd’hui cela fait plus de 15ans que je ne vois plus mon frère

Trop de cadre mais aussi trop de solitude dans ma chambre…cela m’a rendue peu sociable (ce que je tenterai toujours désespérément de rectifier) J avais peur de tout.. Mon père me blessait devant les autres…Il m a longtemps reproché de le mépriser par la suite, du fait de profession…Mais finalement, paradoxalement, j e suis aujourd’hui plus proche de lui, même si je reste distante.

Mes parents m admirent, c’est la seule marge que je leur ai laissée…mais je suis profondément malheureuse de ne pas aimer…le sexe ??un jour j’ai dit sur le ton de l’humour que j assumais une surpuissance qui avait fait défaut aux hommes…Les femmes qui m admirent me rappellent ma mère , ses faiblesses…

 

Vous voyez ? moi j’y vois peu..sauf que Lisa m’aide et que cela ne suffit pas……j’essaie une suite plus tard.. je vais me faire masser.

Je reviens pour poursuivre mon texte qui j’espère vous permettra de comprendre à défaut de cerner.

Un père tyrannique et frileux, probablement impuissant ( Ibsen ), une mère tyrannique pleurant souvent, leur sexualité mal vécue, tout cela me conduisit à me tourner vers la littérature  et la philo…et le sexe dans tout cela ??un grand blanc si je ne passais pas à l’action… J’inquiétais, je bloquais, comme je vs ai perturbée avec mon aveu pas facile à dire d’où le fait que je me le suis arraché de moi, afin de ne pas rendre lisse ce qui ne l est pas.

Mon père avait endommagé Narcisse…comme les hommes qui suivirent. Je ne parvenais pas à contrôler cette loi :  toujours des hommes autoritaires moi qui ne supportais pas cela…

Sexuellement ce fut une véritable catastrophe…aucun plaisir..mais je résistais. Ce plaisir devait exister.

Toute l’histoire des sites c’est cela …me prouver que j étais ouverte au plaisir…Le plaisir je l ai trouvé avec n’importe qui, ce qui m’a inquiété. L’idéal du couple s’effondrait. A cette heure je n’y aspire plus…

Elsa dans tout cela ??j’aime sa présence..tout ce que j’ai précédemment raconté…………..mais elle rêve couple..Moi parfois je me dis que..ce serait bien..mais en fait je suis coincée entre mon désir de plaisir et sa vérité morale à elle, ses illusions selon moi.

Alors l’histoire a évolué..j’ai maintenu un fort lien intellectuel avec elle, mais elle comprend que je n ai plus envie de plus…Pas parce que je n aime plus les femmes, non je les aime et trouve du plaisir…mais parce qu’elle me propose ce modèle si étriqué qui fit devenir mon père flic…j’ai toujours fui ma famille, je n’ai jamais admis d’être « comme eux »…alors cela vacille…parfois je pense qu’elle a raison, alors je cherche une maison avec elle, et quand j arrive sur place, j’ai envie de m’enfuir….

C’est pourquoi Elsa est importante dans cette histoire, mais la contradiction de mon discours cesse si on comprend que je ne veux pas reproduire ce schéma que j’abhorre…et qu’elle est pour le moment depuis 5 ans celle qui m aime, qui a compris tout cela, mais je ne peux rien garantir…L’image que j ai de moi est pareille : rejet et orgueil

Petite fille je me voyais dans une grande maison entourée de livres et de plantes..c’est arrivé, avec les tableaux en plus. De la place pour personne. Juste pour vivre…juste pour oublier ..quoi ? je ne sais…Deviens ce que tu es …

Vous saisissez ?

J’essaie…

j’ai quitté Elsa.

Maryse Emel

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