art autour de la ville

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Raymond Queneau

Zazie dans le métro

Collection Blanche, Gallimard

Parution : 23-01-1959

«– Zazie, déclare Gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléon, je t’y conduirai.
– Napoléon mon cul, réplique Zazie. Il m’intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.
– Qu’est-ce qui t’intéresse alors?
Zazie ne répond pas.
– Oui, dit Charles avec une gentillesse inattendue, qu’est-ce qui t’intéresse?
– Le métro.»

 

Céline, entretiens avec le Professeur Y

j’embarque tout mon monde dans le métro, pardon ! . et je fonce avec : j’emmène tout le monde ! de gré ou de force !. avec moi !. le métro émotif, le mien ! sans tous les inconvénients, les encombrements ! dans un rêve ! . jamais le moindre arrêt nulle part ! non ! au but ! au but ! direct ! dans l’émotion !. par l’émotion ! rien que le but : en pleine émotion. bout en bout !

  • Comment ?. comment ?
  • Grâce à mes rails profilés ! mon style profilé !
  • Oui ! . oui !.
  • Exprès profilés ! . spécial ! je les lui fausse ses rails au métro, moi ! j’avoue ! . ses rails rigides ! . je lui en fous un coup ! . il en faut plus !

[.] tout dans mon métro émotif ! je laisse rien à la Surface ! . tout dans mon transport magique ! (Céline, pp. 84-85)

 

 

Victor Hugo, Les Tuileries

texte intégral

Nous sommes deux drôles,
Aux larges épaules,
De joyeux bandits,
Sachant rire et battre,
Mangeant comme quatre,
Buvant comme dix.

Quand, vidant les litres,
Nous cognons aux vitres
De l’estaminet,
Le bourgeois difforme
Tremble en uniforme
Sous son gros bonnet.

Nous vivons. En somme,
On est honnête homme,
On n’est pas mouchard.
On va le dimanche
Avec Lise ou Blanche
Dîner chez Richard.

On les mène à Pâques,
Barrière Saint-Jacques,
Souper au Chat Vert,
On dévore, on aime,
On boit, on a même
Un plat de dessert !

Nous vivons sans gîte,
Goulûment et vite,
Comme le moineau,
Haussant nos caprices
Jusqu’aux cantatrices
De chez Bobino.

La vie est diverse.
Nous bravons l’averse
Qui mouille nos peaux ;
Toujours en ribotes
Ayant peu de bottes
Et point de chapeaux.

Nous avons l’ivresse,
L’amour, la jeunesse,
L’éclair dans les yeux,
Des poings effroyables ;
Nous sommes des diables,
Nous sommes des dieux !

Nos deux seigneuries
Vont aux Tuileries
Flâner volontiers,
Et dire des choses
Aux servantes roses
Sous les marronniers.

Sous les ombres vertes
Des rampes désertes
Nous errons le soir,
L’eau fuit, les toits fument,
Les lustres s’allument,
Dans le château noir.

Notre âme recueille
Ce que dit la feuille
À la fin du jour,
L’air que chante un gnome.
Et, place Vendôme,
Le bruit du tambour.

Les blanches statues
Assez peu vêtues,
Découvrent leur sein,
Et nous font des signes
Dont rêvent les cygnes
Sur le grand bassin.

Ô Rome ! ô la Ville !
Annibal, tranquille,
Sur nous, écoliers,
Fixant ses yeux vagues,
Nous montre les bagues
De ses chevaliers !

La terrasse est brune.
Pendant que la lune
L’emplit de clarté,
D’ombres et de mensonges,
Nous faisons des songes
Pour la liberté.

 

 

L’arbre des Voyelles de Penone, une oeuvre monumentale de bronze installée au Jardin des Tuileries.

Un texte de Philippe Sabourdin sur l’oeuvre de Penone, L’arbre des voyelles

« Moulage d’un chêne de 30 mètres déraciné, cette œuvre de bronze dont le titre peut évoquer un poème de Rimbaud est emblématique de la démarche de Giuseppe Penone. Démarche qui met l’inerte en consonance avec le vivant et donne matière sculpturale au temps. Ici, les cinq branches de l’arbre couché témoignent d’un passé. De ce passé fixé par une empreinte renaissent cinq vivants arbustes, cinq « voyelles », A-E-I-O-U, qui sculptent lentement le présent au rythme des saisons. »
Le texte de présentation qui figure au BOEN est une évocation très sommaire de la sculpture qui fait l’objet du présent ouvrage. Il peut toutefois servir d’amorce à celui-ci et aux compléments nécessaires qu’il met à disposition des professeurs pour une étude approfondie. Les quelques pistes qui suivent se proposent de mettre l’accent sur certains aspects de l’œuvre et sur son inscription dans une démarche artistique curieuse d’une mémoire enfouie dans la matière du temps.

L’arbre

L’arbre des Tuileries est en bronze. Il résulte d’un moulage. Notons d’entrée qu’un autre dossier de cette collection a montré comment l’empreinte, le moulage, la trace imprègnent les pratiques sculpturales contemporaines . L’Arbre qui revient de manière récurrente dans l’œuvre est lui aussi affaire de sculpture et de modelage. Il y revient non seulement comme figure emblématique de la nature, motif ou objet de sculpture, mais encore – et de façon plus singulière – comme matière ductile disposée au moulage et au modelage. Afin de situer l’Arbre des voyelles dans un contexte élargi aux démarches qui traversent l’œuvre entier, il sera rappelé que ces moulages, ces modelages ont pu se limiter à celui d’un arbre ou d’un arbuste comme ils ont pu participer d’une hybridation du végétal avec d’autres corps vivants ou leur réplique de métal fondu. Ainsi, les premières œuvres dans la forêt de Garessio reposent sur l’idée que l’arbre est un fluide plastique, un médium se prêtant au pétrissage au même titre que la glaise. Cependant, si la terre est immédiatement réactive à la pression des doigts, il faudrait des années pour que l’arbre y réagisse sensiblement. Une œuvre bien connue des débuts , pallie en toute logique ce déficit en déléguant la durée de l’étreinte à un moulage de bronze. Moulage de la main de l’artiste qui empoigne le tronc d’un jeune arbre et perpétue durant sa croissance le souvenir tangible de ce corps à corps. Sculpter à contretemps
Nous retiendrons au moins deux choses de ce geste inaugural : la première c’est que l’artiste fait usage du moulage pour obtenir un double, une réplique en bronze qui, telle une photographie, se saisit des états de l’instant où le temps fait surface. Instant auquel le bronze donne permanence, pérennisant l’effet de l’étreinte momentanée dans la durée. Les élèves seront invités à réfléchir aux conséquences paradoxales de ce geste artistique qui revient à sculpter l’action du temps à contretemps : à donner forme sculpturale à un instant qui résiste au cours du temps.

Toucher le réel

La seconde qui s’en déduit, se rapporte à la posture « réaliste » de Penone qui, en recourant au moulage, privilégie le contact, la relation existentielle avec la matière, l’œuvre résultant de la double contigüité physique qu’elle manifeste. Ainsi, pour Il poursuivra sa croissance sauf en ce point, celle du moulage métallique avec la main moulée et celle de l’arbre avec le moulage de la main. De même, pour L’arbre des voyelles, celle du moulage de bronze avec le chêne déraciné et celle des cinq arbres d’essences différentes avec ce même moulage. Les élèves seront invités à remarquer qu’avant d’être une quête représentative, une opération métaphorique ou symbolique, il s’agit pour l’artiste de rendre visible ce qui ressortit aux qualités intrinsèques du matériau, de la matière travaillée. Ce faisant, l’œuvre expose non seulement le mode opératoire de son artifice, mais aussi le processus par lequel celui-ci œuvre en elle et les conséquences physiques et formelles du geste artistique qui le sous tend. Autrement dit, l’œuvre est réceptacle des réponses du réel à son incursion artistique. Cela n’exclut en rien que cette incursion soit force d’évocations très diverses ou que fassent image symbolique les formes qui en émanent mais cela définit d’abord une posture artistique qui peut être qualifiée de matérialiste.

En passant par le jardin

Au plan des évocations, avant même que le mystère de son seul titre et les résonances poétiques qu’il convoque nous invitent à l’interprétation, la rencontre avec L’arbre des voyelles est source de questionnements. Le réalisme équivoque du moulage n’en est pas la moindre cause. Ainsi le passant, découvrant inopinément l’arbre déraciné, peut-il n’y voir de prime abord qu’un signe de l’incurie de jardiniers nonchalants, le laissant gésir là où la tempête de 1999 l’a couché. Mais la curiosité le poussant, il prend rapidement conscience qu’il se trouve devant autre chose qu’un arbre, quelque chose qui se rapporte à l’arbre mais qui n’est pas tout à fait l’arbre. Les étranges marcottages ou greffes d’essences différentes qui s’élèvent de ses branches lui confirment cette impression et il a tôt fait de vérifier que l’arbre n’est pas de bois. Il est d’une matière plus pérenne qui le rapproche des grands fossiles et lui assigne une dimension mémorielle, bucolique et grave. Ce recours à la perfection mimétique qui provoque le trouble et attise la curiosité pour convoquer la méditation devrait conduire les élèves à s’interroger ce qui peut se déduire du rapport de l’œuvre au site et au spectateur.

La mémoire durable de l’arbre

Pour introduire cette réflexion, les élèves seront invités à constater que l’œuvre est parallèle à la Seine et que ce parallélisme n’est peut-être pas fortuit. En effet, le Fleuve et ses affluents, l’Arbre et ses branches, ont une structure arborescente similaire bien que leurs directions et leur dynamique s’opposent (verticalité/horizontalité, courant ascendant/courant descendant). Mais encore, l’arbre des Tuileries est passé par un état liquide. Le métal en fusion a coulé au creux du moule avant de se solidifier dans une imitation parfaite et durable de son modèle couché. De cet état liquide le simulacre de bronze conserve la dynamique : il se présente comme une source de vie. Horizontal, il se poursuit verticalement, contredit sa forme, recule son achèvement, revient au vivant, renaît. Sortie du moule, la mémoire de l’arbre mort affleure à la surface du bronze. A l’extrémité de ses cinq bras entés dans les troncs, les cinq arbustes lui donnent résonance. L’arbre des voyelles n’est pas imitation inerte, il est cause de forme. Formation lente et continue où se sécrète la génération, où se commémore le cycle de la vie. Voyelles, les cinq arbustes s’énoncent au présent dans le testament que leur croissance sculpte. Monstre hybride du naturé et du naturant dont les chapiteaux romans ou les jardins de la Renaissance nous ont appris la fréquentation, la sculpture croissante et métamorphique des Tuileries nous convie aux réminiscences.

Nature et culture

Le dossier nous livre qu’en raison de sa référence à la nature, l’œuvre de Penone, dès ses prémisses, se situe en rupture avec la tradition moderniste, tradition qui tourne le dos à cette même nature. Afin de souligner la singularité de la démarche du sculpteur, il sera nécessaire de rappeler qu’effectivement, dans les années soixante, les artistes qui occupaient le terrain de l’avant-garde étaient pour la plupart les héritiers des dadaïstes, succédant à une vague d’abstraction, héritière quant à elle du surréalisme et de l’expressionnisme. Même si le naturalisme n’avait pas été absent de la seconde école de Paris, la référence au modèle naturel n’était pas depuis la plus partagée. C’était à l’intérieur de ses limites culturelles et sociales que l’œuvre d’art trouvait source d’expression. Ainsi le pop art et le nouveau réalisme illustrent une tendance artistique en prise avec la société, tournée vers l’objet manufacturé, vers la publicité, vers les usages sociaux dont elle stigmatise explicitement l’économie ou se présente comme un de ses reflets.

La matière contient l’idée

Loin de cette mouvance urbaine, la démarche de Penone est apparemment plus « archaïque » ou plus « primitive ». Pourtant, bien que tournée vers la nature, c’est culturellement que son utopie réinvestit les territoires de frontières qui sépare la beauté naturelle du simulacre, le pays du paysage, le géométrique de l’organique, l’inerte du vivant, la mort de la vie. Procès d’idéation, sa sculpture est avant tout mise en évidence du principe. En cela elle ne contredit pas une esthétique classique qui donne primauté à la nécessité de la forme. De la tradition sculpturale Penone retient une posture qui le conduit à honorer la matière en exhumant la forme qu’elle seule est susceptible de contenir ou de générer. Mais sa quête est toute matérialiste. A l’ascèse des classiques qui situent l’idée au-delà d’un monde sensible que l’art aurait mission de transcender, il substitue celle d’un artiste à la recherche d’un principe immanent, sans arrière-monde. Un « toujours déjà là » jusque là imperceptible dont il s’agit de rendre tangible la découverte. Ainsi la poutre équarrie nous révèle-t-elle en son principe, la mémoire enfouie de l’arborescence, l’âme de l’arbre, de cet arbre là que le temps compté de l’industrie a recouvert d’une gangue d’oubli : la forme utile de la poutre. Il n’est pas insignifiant que l’arbre, matière vivante et toujours unique mais se prêtant à la confection d’objets industriels et commerciaux identiques vienne s’imposer à un artiste qui tente de surmonter l’inconsistance du présent en lui donnant couleur d’éternité. Ambition somme toute « moderne » au sens baudelairien qui lui fera souhaiter que l’éphémère s’éternisât.

Modernité et vanité

La modernité baudelairienne, c’est d’abord, on le sait, le sens du présent. C’est jouir de la mode, du mouvement, de la trépidation du multiple, de ses convulsions et de ses métamorphoses. Mais c‘est aussi être condamné au transitoire, être emporté par le mouvement dévorant du progrès, être contaminé par la circonstance, par le germe de la décadence. C’est encore opposer au fil de l’histoire un temps poétique, une échappée, le fulgurant instant où l’inconnu d’une beauté immuable s’offre à la vélocité des sens. Cette modernité a donc un ressort opportuniste : si elle se tourne vers le plus fugitif du monde présent, vers ce qui passe, c’est pour y saisir la sublime et intemporelle présentification de l’instant, l’essence du présent, ce réel dont la mort est l’événement absolu. Il s’ensuit que le plaisir esthétique du moderne repose sur une conscience mélancolique de la perte. « Tirer l’éternel du transitoire » c’est à la fois désespérer de la nouveauté et extraire de ce désespoir avisé la permanence d’une délectation nouvelle. L’arbre des voyelles instruit sensiblement sa relation au spectateur sur cette oscillation entre un sentiment mélancolique face à l’inexorable flèche du temps et un émerveillement devant l’épanchement des choses en devenir. Ainsi, à côté de la source de vie d’où jaillissent les voyelles il y a dans la figure de l’arbre couché comme une rémanence de celle des transis, ces sculptures funéraires de corps allongés mis en demeure d’éternité.

A, E, I, O, U

Pour terminer ces jalons, nous reviendrons sur le titre de la sculpture qui, comme nous l’avons dit, intrigue et se prête aux interprétations. Il est sans doute plus à entendre qu’à comprendre mais les quelques précisions qui suivent pourront peut-être faciliter cet entendement.
Tout d’abord, s’il est difficile de ne pas en référer au poème de Rimbaud, Voyelles , il convient de rappeler que Penone, pour sa part, ne revendique aucunement la parenté. Cela dit, la sculpture joue sur des correspondances sensibles, subjectives et poétiques, des « synesthésies » qui ne perdraient rien à lui faire écho. Ce que l’artiste présente en revanche dans ses déclarations comme une source d’inspiration c’est l’hypothétique alphabet des Druides, alphabet qui, selon certains spécialistes du monde celtique, aurait intégré des noms d’arbres. Prudemment, Penone ajoute que c’est une suggestion et en aucun cas la clef du titre, le laissant libre de se mettre diversement en consonance avec la scène visuelle et tactile de la sculpture. Ainsi les élèves pourront-ils prendre la liberté de voir dans l’arbre couché l’horizon d’une écriture, racine d’une parole qui sans voyelle ne pourrait s’élever en voix : que seules les voyelles portent au sens et qui par elles, touche les sens.

1- Paul-Louis Rinuy, Traces, empreintes, moulages dans la sculpture du vingtième siècle. Scéren/CNDP, Baccalauréat Arts plastiques
2- Giuseppe Penone, Il poursuivra sa croissance sauf en ce point, 1968
3- Il s’agit de la série des œuvres qui à partir des années 70, ont pour titre Arbre de 10 mètres, Arbre de 12 mètres, etc. qui ont fait l’objet des installations Répéter la forêt ou encore de L’Arbre-Porte de 1995.

 

 


Archéologie du futur /
Archéologie du quotidien
        Curiosus, cupidus, studiosus

 

Jardin des Tuileries: l’arbre des voyelles de Giuseppe Penone

 

Un arbre pétrifié dans les jardins de Le Nôtre

 

Dans un rectangle de verdure gît l’arbre pétrifié de Giuseppe Penone, comme arraché par un vent puissant, déraciné, privé de l’humus nourricier.  L’arbre des voyelles est un moulage en bronze d’un chêne de quatorze mètres de long et au contraire de son modèle déjà retourné à la terre, il ne pourrira pas.

 

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arbre des voyelles de Guiseppe Penone, photographié en hiver

 

    « Si j’ai utilisé le bronze, c’est parce qu’il est une fossilisation idéale du végétal. Le bronze a ses racines dans une culture qui est l’animisme et je ne peux penser qu’elle ait utilisé des techniques qui n’étaient pas en liaison avec la brutalité de la nature. Enfin c’est un matériau qui, si on le laisse à l’extérieur, à toutes les intempéries, prend une oxydation dont l’aspect est très similaire à celui de la feuille ou du fût des arbres. »
Giuseppe Penone.

 

arbre des voyelles de Guiseppe Penone. Gros plan des racines

 

Contredisant la maxime d’Héraclite l’obscur, « Ta panta rei, ouden menei », « tout change, rien ne perdure », Giuseppe Penone suspend le temps, jouant avec la notion de pourrissement  et d’intemporalité. C’est une méditation romantique sur la fragilité des choses. La sculpture nous renvoie ainsi à la terrible tempête de 1999, la tempête du siècle, qui a dévasté la forêt française. Réminiscence ou plutôt prémonition d’un cataclysme (l’oeuvre date elle aussi de 1999), l’arbre est simplement beau, d’une force brutale liée à la violence des éléments qui l’ont terrassé. D’une beauté aujourd’hui apaisée au milieu des herbes et des fleurs qui chaque printemps l’encerclent un peu plus. Un memento mori qui nous renvoie à notre propre mortalité

 

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arbre des voyelles de Guiseppe Penone, photographié en hiver

 

L’oeuvre s’inscrit parfaitement dans le paysage. Elle change au gré des saisons soulignant l’ambiguïté entre l’artifice et la nature.  De loin on pourrait ne pas l’identifier comme une création humaine tant l’arbre se confond avec la végétation. En même temps l’arbre déraciné s’oppose ironiquement à la perfection classique des parterres. Quel jardinier laisserait un arbre mort au beau milieu d’un jardin à la française, un jardin dessiné à l’origine par Le Nôtre au 17è siècle?

 

Pourquoi l’arbre des voyelles? Y-a-t-il un rapport avec le poème de Rimbaud? Avec la sculpture cubiste de Jacques Lipchitz  » Le chant des voyelles »? Lipchitz précisait en 1948 que le titre de sa sculpture, une harpe,  n’avait pas de rapport  avec le poème rimbaldien mais avec une légende de l’Egypte ancienne selon laquelle existe une prière, le chant des voyelles, pour appeler, ou exorciser, les forces de la nature.
Ici au jardin des Tuileries, les forces de la nature ont eu raison de l’arbre mais comme dans les forêts préhistoriques pétrifiées, l’arbre survit, ou plutôt son image, pris dans une élégante gangue de bronze.

 

 

Giuseppe Penone est né en 1947 en Italie. Il est issu de l’arte povera. La nature, source de son inspiration, nourrit toute son oeuvre.

 

L’arbre des voyelles est une commande du Ministère de la Culture et de la Communication. Il a été réalisé avec la participation de Pascal Cribier, architecte paysagiste. Le moulage en bronze, commande publique, résistera au temps et ne risque pas de connaître de problème de maintenance comme l’installation complexe des colonnes de Buren dans la cour du Palais Royal.

 

A coté des sculptures mythologiques classiques et des oeuvres de Maillol, le jardin de sculptures des Tuileries comprend, depuis 1998, de nombreuses oeuvres contemporaines.

 

 

 

 

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